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Qu’elle était la feuille de route tracée par Monsieur Alphonse Charles Wright pour le ministère de la justice et des droits de l’homme (2022-2025) sous la vision du général Mamadi Doumbouya président de la république de Guinée ?

Introduction

À sa prise de fonction le 8 juillet 2022, Monsieur le Ministre Alphonse Charles Wright rédige une feuille de route pour le ministère de la justice et des droits de l’homme pour une période de 2022-2025. Feuille de route validé par son excellence Général Mamadi Doumbouya, car elle est à l’image de sa vision éclairée du pouvoir judiciaire.

Dans le contexte historique particulier de la Transition guinéenne enclenchée à partir de 2021, le besoin de refondation des institutions républicaines est apparu comme une priorité majeure pour rétablir la confiance entre l’État et les citoyens. C’est dans ce cadre que Monsieur Alphonse Charles Wright, alors Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, a initié une feuille de route stratégique 2023-2025, traduisant une volonté ferme de transformation profonde et durable du secteur judiciaire.

Cette feuille de route ne se limite pas à une simple compilation d’objectifs administratifs : elle constitue un cadre programmatique structurant les priorités d’action du ministère, aligné aux ambitions nationales de réforme, aux orientations du Programme de Référence Intérimaire (PRI) 2022-2025, à la feuille de route du Gouvernement de la Transition, ainsi qu’aux Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 16, qui promeut la paix, la justice et des institutions efficaces.

Conçue selon une logique de planification axée sur les résultats, cette feuille de route est fondée sur une vision forte : bâtir une justice indépendante, équitable, professionnelle, accessible, intègre, et capable de rassurer la population et les investisseurs, tout en contribuant activement à la réconciliation nationale, à l’affirmation de la dignité humaine, et à la lutte contre la corruption et l’impunité.

Par ce plan d’action ambitieux, M. Wright a voulu redonner au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme un rôle central dans la restauration de l’État de droit, dans l’humanisation du système carcéral, dans la protection effective des droits fondamentaux, et dans la promotion d’une justice de proximité adaptée aux besoins réels des citoyens.

Le présent document propose une analyse structurée et approfondie de cette feuille de route, en exposant successivement les quatre axes stratégiques qu’elle contient, les actions clés prévues pour chacun, les résultats attendus, ainsi que les innovations majeures introduites durant la période 2023-2025.

II. Objectifs de la Feuille de Route

La feuille de route 2023-2025 du Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, sous l’impulsion de Monsieur Alphonse Charles Wright, s’inscrit dans une dynamique de réforme ambitieuse, orientée vers l’amélioration concrète du service public de la justice, la restauration de la confiance des citoyens envers les institutions judiciaires, et la promotion effective des droits humains dans le contexte de la Transition.

Elle repose sur une articulation entre objectifs globaux, objectifs spécifiques et cadres de référence nationaux et internationaux.

1. Objectif global

L’objectif fondamental de cette feuille de route est de contribuer à bâtir une justice performante, crédible et équitable, tout en assurant la protection effective des droits de l’homme et en conduisant, de manière méthodique, le processus de réconciliation nationale.

À travers cet objectif, le Ministère de la Justice entend :

Rendre la justice plus accessible, plus rapide, plus humaine et plus proche des citoyens ;
Positionner le secteur judiciaire comme un pilier stratégique de la refondation de l’État ;
Renforcer la cohésion nationale par l’émergence d’un cadre légal respectueux des diversités et des libertés fondamentales.

2. Objectifs spécifiques

Pour atteindre cet objectif central, plusieurs objectifs spécifiques ont été formulés :

a. Contribuer à la réforme constitutionnelle et à l’amélioration de l’accès au droit et à la justice pour tous.

Mettre en place un cadre juridique cohérent, moderne et conforme aux standards internationaux ;
Faciliter l’accès à la justice pour les couches vulnérables, notamment par l’aide juridictionnelle, les bureaux d’accueil, les maisons de justice.

b. Garantir l’indépendance et la redevabilité du pouvoir judiciaire.

Renforcer les mécanismes d’autonomie financière et administrative des juridictions ;
Mettre en œuvre un système de contrôle éthique, disciplinaire et de performance des magistrats et auxiliaires de justice.

c. Renforcer l’efficacité et la performance des institutions judiciaires et pénitentiaires.

Moderniser les infrastructures judiciaires et pénitentiaires sur toute l’étendue du territoire ;
Numériser les systèmes de gestion et professionnaliser les acteurs judiciaires et pénitentiaires.

e. Garantir la jouissance effective des droits de l’homme pour tous et promouvoir la réconciliation nationale.

Intégrer la protection des droits humains dans toutes les procédures judiciaires ;
Accompagner la réconciliation nationale par des actions symboliques, éducatives, judiciaires et institutionnelles ;
Humaniser les conditions de détention et favoriser la réinsertion sociale des détenus.

3. Alignement stratégique

Les objectifs de cette feuille de route s’inscrivent dans un cadre global de cohérence politique, en lien avec :

Le Programme de Référence Intérimaire (PRI) 2022-2025, notamment dans ses axes “Rectification institutionnelle” et “Cadre légal et gouvernance” ;
La feuille de route du Gouvernement de la Transition, qui met l’accent sur la restauration des valeurs républicaines ;
Les Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 16 : “Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes à tous aux fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes”.

III. AXE STRATÉGIQUE I : Rectification institutionnelle et accès au droit et à une justice de qualité pour tous.

1. Objectif de l’axe.

Cet axe vise à réformer en profondeur le cadre juridique et institutionnel du pays, afin de le rendre conforme aux standards internationaux, plus attractif pour les investissements, mais surtout plus accessible, plus juste et plus proche des citoyens. Il s’agit de renforcer l’État de droit à travers la révision des textes fondamentaux, la modernisation des instruments de justice, et la démocratisation de l’accès au droit sur l’ensemble du territoire national.

2. Défis identifiés

Obsolescence de certains textes de loi clés ;
Faible accessibilité des citoyens, surtout vulnérables, aux services judiciaires ;
Méconnaissance du droit par une grande partie de la population ;
Concentration des structures judiciaires dans les grandes villes ;
Faible opérationnalisation des mécanismes alternatifs de résolution des conflits.

3. Actions stratégiques prévues.

a. Modernisation du cadre juridique et institutionnel.

Appuyer la rédaction de la nouvelle Constitution et des lois organiques qui en découlent ;
Réviser les Codes de procédure civile, économique et administrative, ainsi que les textes d’application de la législation pénale et civile ;
Élaborer et faire adopter :
Une loi sur l’organe de pilotage de la réconciliation nationale ;
Une loi réprimant les discours de haine et les appels à la violence ;
Une nomenclature des préjudices indemnisables ;
Une réforme des statuts des professions judiciaires libérales, en vue d’une meilleure redevabilité et accessibilité.

b. Mise en œuvre effective des dispositifs juridiques.

Mettre en place les commissions d’application des peines, les services pénitentiaires d’insertion et de probation, dans les établissements pénitentiaires ;
Opérationnaliser les bureaux d’accueil et d’orientation des justiciables au sein des juridictions ;
Installer les Cours d’appel de Labé et N’Zérékoré, afin de déconcentrer les services judiciaires.

c. Promotion de l’aide juridictionnelle.

Mettre en place et rendre opérationnel un Fonds d’aide juridictionnelle pour les indigents ;
Déployer les bureaux d’aide aux victimes (BAV) au sein des juridictions.

d. Renforcement de la justice de proximité.

Promouvoir les maisons de justice comme alternatives locales au règlement judiciaire classique ;
Créer de nouvelles maisons de justice à Boké, Mamou, Faranah, Nzérékoré et Conakry ;
Renforcer les capacités matérielles et humaines de ces structures.

4. Résultats attendus.

Un cadre législatif rénové, adapté aux enjeux de justice sociale et de réconciliation ;
Une plus grande accessibilité au droit pour tous, y compris les plus vulnérables ;
Des juridictions décentralisées et fonctionnelles ;
Une justice plus humaine et plus proche des populations, notamment à travers les maisons de justice ;
Un début de réconciliation structurelle par le droit.

5. Innovation et plus-value de l’axe.

Cet axe introduit une logique nouvelle : celle d’une justice de proximité, inclusive et réparatrice, orientée vers la prévention des conflits et la participation citoyenne. Il marque également un engagement clair du ministère à protéger les droits fondamentaux dans un contexte de transition et à rompre avec les pratiques judiciaires élitistes.

IV. AXE STRATÉGIQUE II : Indépendance et redevabilité du pouvoir judiciaire

1. Contexte et justification

Dans toute démocratie moderne, l’indépendance du pouvoir judiciaire est une garantie essentielle de l’État de droit. Elle permet de soustraire la justice à toute influence politique, sociale, économique ou communautaire, et de renforcer la confiance des citoyens dans l’impartialité des décisions rendues.

Sous la direction du Ministre Alphonse Charles Wright, le Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme a fait de cette indépendance un levier central de la réforme du système judiciaire guinéen. Ce second axe stratégique vise ainsi à consolider l’autonomie de fonctionnement des juridictions, à renforcer les mécanismes de redevabilité des magistrats et auxiliaires de justice, et à établir des systèmes disciplinaires cohérents et crédibles.

2. Objectifs spécifiques de l’axe

Garantir l’autonomie financière, administrative et fonctionnelle des juridictions à travers le pays ;
Instaurer une gestion rigoureuse, méritocratique et transparente des carrières des magistrats ;
Renforcer la discipline professionnelle et la déontologie dans tous les corps judiciaires ;
Faire de la redevabilité un principe structurant du système judiciaire, en renforçant les mécanismes de contrôle et d’évaluation.

3. Problématiques à résoudre

Dépendance excessive des juridictions vis-à-vis du pouvoir exécutif ou des pressions externes ;
Faible fonctionnement des organes disciplinaires et de contrôle ;
Absence d’un cadre clair et unifié de gestion de carrière des magistrats ;
Méfiance persistante de la population envers l’intégrité et la neutralité des décisions judiciaires.

4. Actions stratégiques prévues

a. Renforcement de l’autonomie de fonctionnement des cours et tribunaux.

Dotation directe des juridictions d’un budget de fonctionnement autonome ;
Création au sein des cours et tribunaux de services administratifs et financiers (Secrétariat Général et Services d’Administration Financière – SAF) ;
Recrutement et formation de personnels administratifs spécialisés dans la gestion des juridictions ;
Identification, normalisation et sécurisation des recettes judiciaires pour une meilleure transparence financière.

b. Réforme de la gestion des carrières des magistrats

Élaboration et adoption d’un système moderne de gestion des carrières des magistrats, intégrant des plans de carrière clairs, des critères objectifs d’évaluation et des mécanismes de récompense ;
Spécialisation des magistrats en fonction de leurs compétences et profils, avec une politique d’affectation adaptée ;
Vulgarisation et application du Guide de déontologie des magistrats, en tant qu’outil d’encadrement éthique ;
Application stricte et systématique des sanctions disciplinaires édictées par le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM).

c. Encadrement disciplinaire des auxiliaires de justice.

Renforcement des organes disciplinaires des greffiers et des autres professions judiciaires libérales (avocats, notaires, huissiers, etc.) ;
Suivi rigoureux de l’application des décisions disciplinaires, avec un lien clair entre sanctions et évolution de carrière ;
Mise en place d’un système de suivi éthique à l’échelle nationale.

d. Effectivité de la redevabilité dans la justice

Définition des règles d’inspection, de contrôle et d’évaluation des pratiques judiciaires, avec des outils techniques normalisés ;
Dotation de l’Inspection Générale des Services Judiciaires et Pénitentiaires (IGSJP) de moyens humains, logistiques et financiers suffisants pour remplir efficacement sa mission ;
Mise en place d’une inspection technique spécifique au sein de l’Administration pénitentiaire ;

Élaboration, adoption et vulgarisation :

du Code d’éthique et de déontologie du personnel pénitentiaire ;
du Code d’éthique du personnel socioéducatif en milieu judiciaire.

5. Résultats attendus

Un système judiciaire plus autonome, mieux gouverné et financièrement viable ;
Une gestion plus équitable et objective des magistrats, avec reconnaissance du mérite et sanction des fautes ;
Une discipline renforcée au sein des juridictions et des services judiciaires ;
Une meilleure perception, par la population et les investisseurs, de la crédibilité et de l’intégrité de la justice guinéenne.

6. Apports structurants de cet axe

Ce deuxième axe marque une rupture avec les pratiques passées en réhabilitant la valeur de la responsabilité dans l’exercice de la justice. Il introduit un paradigme nouveau : celui d’une justice responsable devant le peuple, ancrée dans la déontologie et ouverte à l’évaluation. Il prépare aussi le terrain pour une institutionnalisation durable de la transparence et de la bonne gouvernance judiciaire.

V. AXE STRATÉGIQUE III : Renforcement de l’efficacité et de la performance des institutions judiciaires et pénitentiaires

1. Contexte et justification

Un système judiciaire, aussi indépendant soit-il, ne peut pleinement remplir sa mission sans des institutions efficaces, modernes et performantes, capables de traiter les affaires dans des délais raisonnables, d’assurer la continuité du service public et de garantir des conditions de détention humaines et sécurisées.

En Guinée, le constat est sans appel : insuffisance d’infrastructures judiciaires, faiblesse des moyens logistiques, manque de professionnalisation du personnel, et absence de systèmes d’information et de suivi performants. C’est pour répondre à ces défis structurels que la feuille de route a consacré un axe entier à la modernisation et à la rationalisation du fonctionnement des institutions judiciaires et pénitentiaires, avec une ambition claire : bâtir une justice opérationnelle, fiable, et tournée vers les résultats.

2. Objectifs spécifiques de l’axe

Optimiser l’organisation interne du ministère et des juridictions ;
Mettre en place des outils modernes de gestion administrative, judiciaire et pénitentiaire ;
Accroître les capacités techniques, humaines et logistiques des acteurs ;
Développer des politiques publiques judiciaires et pénitentiaires fondées sur des données ;
Améliorer et construire des infrastructures adaptées, sécurisées et fonctionnelles.

3. Problématiques identifiées

Obsolescence et vétusté des bâtiments judiciaires et pénitentiaires ;
Surcharge de travail et manque de personnel formé ;
Absence d’informatisation et de gestion centralisée des données judiciaires et carcérales ;
Faible capacité de collecte, de traitement et d’exploitation des statistiques ;
Faiblesse du suivi des politiques publiques et manque de culture de performance.

4. Actions stratégiques prévues

a. Amélioration du cadre institutionnel du Ministère de la Justice et des droits de l’homme

Mise en place de procédures harmonisées de gestion administrative (personnel, courrier, archives, communication) ;
Élévation de la Direction nationale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion au rang de Direction générale ;
Création d’un service d’appui à l’organe de pilotage de la réconciliation nationale ;
Déconcentration du budget de la justice, pour une meilleure autonomie des directions régionales et locales.

b. Digitalisation et informatisation du système judiciaire

Mise en place du système informatisé du casier judiciaire central ;
Numérisation de la chaîne pénale et du traitement des dossiers ;
Développement et mise en œuvre d’une stratégie de digitalisation du secteur judiciaire, incluant la dématérialisation du courrier et l’archivage électronique des documents ;
Élaboration d’un système intégré de gestion des établissements pénitentiaires.

c. Définition de politiques publiques orientées résultats

Élaboration et mise en œuvre :
d’une stratégie nationale de réconciliation ;
d’une stratégie de protection judiciaire de la jeunesse ;
d’une stratégie sectorielle genre dans la justice ;
d’un manuel de traitement des détenus ;
d’un système de gestion moderne des données carcérales ;
Études de normalisation et de standardisation pour la construction d’infrastructures judiciaires et pénitentiaires.

d. Renforcement des infrastructures judiciaires et pénitentiaires

Finalisation des TPI de Kindia, Mamou, Kankan, Kissidougou, Faranah, Dubréka, Mafanco, Koundara, Beyla ;
Construction de nouveaux TPI dans plus de 20 préfectures ;
Construction de la nouvelle Cour Suprême et de quatre centres de réinsertion socioprofessionnelle pour mineurs ;
Édification ou rénovation de maisons centrales et maisons d’arrêt et de correction à travers le pays ;
Dotation des EP en points d’eau modernes, équipements médicaux et infrastructures sanitaires.

e. Renforcement des capacités humaines et matérielles

Formation technique de :

150 magistrats et 150 OPJ sur le terrorisme, le crime organisé, la cybercriminalité et les droits humains ;
35 magistrats et 70 greffiers pour le casier judiciaire numérisé ;
50 secrétaires pour la gestion du courrier et des dossiers ;
50 cadres en planification, suivi-évaluation et gestion axée sur les résultats ;
Recrutement et formation de 600 agents pénitentiaires : inspecteurs, éducateurs, contrôleurs, personnels de santé, agents d’exécution ;
Dotation en véhicules de terrain, fourgonnettes, outils informatiques, mobiliers et fournitures administratives.

f. Renforcement de la lutte contre la corruption et l’impunité

Renforcement de l’Inspection Générale des Services Judiciaires et Pénitentiaires (IGSJP) en ressources et capacités ;
Mise en place d’un mécanisme d’alerte anticorruption en milieu judiciaire et pénitentiaire ;
Appui technique à la CRIEF pour la poursuite des crimes économiques et de corruption ;
Publication régulière d’un rapport d’activité judiciaire.

5. Résultats attendus

Un système judiciaire fonctionnel, rapide et numérisé ;
Des juridictions modernes, bien équipées et réparties équitablement sur le territoire ;
Des établissements pénitentiaires sûrs, hygiéniques et humanisés ;
Des acteurs mieux formés, plus performants et mieux encadrés ;
Un service public de la justice réactif, transparent et proche des attentes des citoyens.

6. Enjeux stratégiques et valeur ajoutée

Ce troisième axe est porteur d’un changement de paradigme : passer d’un système judiciaire archaïque et centralisé à un système moderne, intégré, décentralisé et axé sur les résultats. Il permet de professionnaliser l’ensemble de la chaîne judiciaire et pénitentiaire, tout en rendant le ministère plus résilient face aux défis de gouvernance et d’efficacité publique.

VI. AXE STRATÉGIQUE IV : Jouissance effective des droits de l’homme pour tous et réconciliation nationale

1. Contexte et justification

Dans une société marquée par des tensions historiques, des violations répétées des droits fondamentaux et une faible culture de reddition de comptes, la réconciliation nationale ne peut s’imaginer sans un effort sincère de reconnaissance, de réparation et de reconstruction du tissu social. Ce quatrième axe stratégique place l’être humain au centre de la réforme judiciaire, en réaffirmant que la justice doit être un vecteur de dignité, de cohésion et de paix.

L’approche adoptée par le Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, sous l’impulsion du chef de l’Etat général Mamadi Doumbouya, se veut inclusive, humaniste et réparatrice, avec pour finalité d’asseoir les bases d’une Guinée réconciliée avec elle-même, où les droits de tous sont respectés et protégés, et où les prisons cessent d’être des lieux de relégation inhumaine.

2. Objectifs spécifiques de l’axe

Garantir le respect effectif des droits de l’homme dans toutes les procédures judiciaires ;
Favoriser l’émergence d’une culture citoyenne de paix, de tolérance et de dialogue ;
Appuyer la réconciliation nationale par des instruments juridiques et des actions symboliques ;
Humaniser les conditions de détention et assurer une véritable réinsertion sociale des détenus ;
Instaurer des mécanismes de suivi, de veille et de promotion des droits humains.

3. Problèmes majeurs à résoudre

Violations fréquentes des droits des justiciables (garde à vue prolongée, détentions arbitraires, tortures, etc.) ;
Conditions inhumaines de détention dans plusieurs établissements pénitentiaires ;
Méconnaissance des mécanismes nationaux et internationaux de protection des droits de l’homme ;
Faiblesse de la coopération entre acteurs judiciaires et institutions de promotion des droits humains ;
Fractures sociales persistantes et manque de cadre national consensuel pour la réconciliation.

4. Actions stratégiques prévues

a. Protection des droits de l’homme dans les procédures judiciaires

Mise en place d’un mécanisme d’alerte sur la régularité des titres de détention et des délais de garde à vue ;
Monitoring du respect des procédures de flagrance et de citation directe dans les TPI ;
Renforcement du contrôle des parquets d’instance sur les pratiques policières ;
Assistance technique au procès des événements du 28 septembre 2009 ;
Ratification des traités, conventions et protocoles facultatifs internationaux encore en attente.

b. Promotion et protection des droits humains au niveau national

Création d’un mécanisme national de veille sur les droits de l’homme pendant la Transition ;
Mise en place d’un mécanisme national de rapportage et de suivi des recommandations des organes de traités ;
Monitoring des processus électoraux, avec une attention spécifique aux libertés publiques ;
Renforcement des capacités des élus, administrateurs locaux, médias et ONG sur les droits fondamentaux.

c. Promotion de la citoyenneté, de la paix et de la réconciliation nationale

Organisation annuelle de la Semaine Nationale de la Citoyenneté et de la Paix (SENACIP) ;
Organisation de journées portes ouvertes sur la justice et les droits humains ;
Campagnes de sensibilisation contre les discours de haine et les préjugés sociaux ;
Formation des autorités locales sur leur rôle dans le processus de réconciliation ;
Mise en œuvre d’initiatives communautaires de cohésion sociale et d’unité nationale.

d. Humanisation des conditions de détention et réinsertion sociale

Création d’un observatoire national des lieux de détention ouvert aux OSC et PTF ;
Dotation des infirmeries pénitentiaires en médicaments, produits d’hygiène, vêtements, matelas, couvertures ;
Amélioration des régimes alimentaires, des soins et de l’hygiène dans les établissements ;
Révision du protocole de prise en charge médicale des détenus (Justice–Santé–Budget) ;
Organisation d’audiences foraines et ordinaires pour les détenus hors délais légaux ;
Évaluation conjointe de la gestion de l’alimentation et de l’hygiène, avec mise en œuvre des recommandations.

5. Résultats attendus

Une justice respectueuse des droits fondamentaux à toutes les étapes de la procédure ;
Une réduction significative des abus de détention et du non-respect des délais légaux ;
Des conditions de détention plus humaines et conformes aux standards internationaux ;
Une réconciliation nationale engagée dans les faits, au-delà des discours politiques ;
Une prise de conscience citoyenne accrue sur les valeurs de paix, de justice et de respect mutuel.

6. Portée transformationnelle de cet axe

Par cet axe, la réforme judiciaire dépasse le cadre institutionnel pour s’inscrire dans une réforme morale et sociale profonde. Elle replace l’humain, avec sa dignité et ses droits inaliénables, au cœur de l’action publique. C’est une démarche courageuse, réparatrice, tournée vers la guérison nationale. Elle jette les bases d’un avenir où la justice ne sera plus un instrument de domination ou de crainte, mais un outil de libération, de paix et de construction collective.

VII. Question à se poser aujourd’hui ?

Après avoir survolé la feuille de route ambitieuse et méthodiquement structurée tracée par Monsieur Alphonse Charles Wright pour le Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, une question centrale interpelle aujourd’hui les citoyens, les praticiens du droit et les observateurs de la vie publique :

Quel constat peut-on faire actuellement, alors que l’appareil judiciaire est désormais sous la direction de son successeur, Monsieur Kairaba ?

Cette interrogation ouvre un espace critique de réflexion sur la continuité institutionnelle, la durabilité des réformes engagées, mais aussi sur la volonté politique actuelle de maintenir la justice comme instrument de transformation sociale, de cohésion nationale et de protection des droits humains.

Plusieurs points méritent d’être examinés :

Les engagements prioritaires inscrits dans la feuille de route 2023-2025 sont-ils encore en cours d’exécution ?
Les infrastructures judiciaires planifiées ont-elles été construites, rénovées ou abandonnées ?
La justice de proximité est-elle toujours promue dans les zones reculées comme prévu ?
Où en est la lutte contre la corruption, notamment à travers les mécanismes de contrôle interne et l’action de la CRIEF ?
La redevabilité des magistrats et auxiliaires de justice est-elle encore une priorité institutionnelle ?
Le projet de réconciliation nationale, fondé sur la vérité, la justice et la mémoire, est-il resté une priorité ?
La place de l’humain dans le système carcéral – pilier du quatrième axe – a-t-elle été renforcée ou négligée ?

Cette réflexion appelle à une évaluation rigoureuse, indépendante et citoyenne de l’action publique dans le secteur judiciaire depuis le changement de gouvernance. Il ne s’agit pas seulement de dresser un bilan, mais d’interroger la cohérence, la continuité et l’impact réel des politiques publiques entreprises dans un secteur aussi fondamental que la justice.

C’est aussi un appel à la vigilance démocratique : car toute rupture injustifiée dans l’élan réformateur initié risque d’annuler les efforts consentis, de fragiliser la paix sociale, et de retarder davantage l’émergence d’un État de droit véritablement respectueux des libertés individuelles et collectives.

Conclusion générale

La feuille de route 2023-2025 du Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, élaborée sous l’autorité de Monsieur Alphonse Charles Wright, dans le cadre de la vision de refondation du Général Mamadi Doumbouya, incarne une tentative sérieuse, cohérente et structurée de réformer en profondeur le système judiciaire guinéen. Elle se distingue non seulement par la clarté de ses axes, mais aussi par la volonté manifeste de bâtir une justice au service de tous, enracinée dans l’éthique, l’efficacité, la proximité et le respect des droits humains.

Les quatre axes stratégiques présentés – de la rectification institutionnelle à la réconciliation nationale, en passant par l’indépendance judiciaire et la performance des institutions – offrent un cadre global de transformation qui, s’il est mis en œuvre avec rigueur, est capable de changer durablement le visage de la justice en Guinée.

Cependant, toute feuille de route, aussi ambitieuse soit-elle, ne vaut que par sa traduction effective dans les faits. Les enjeux de continuité politique, de volonté institutionnelle, de mobilisation des ressources et d’implication citoyenne demeurent déterminants. La période actuelle, marquée par le changement de leadership à la tête du ministère, représente donc une étape critique : elle peut consacrer soit la consolidation des acquis, soit l’abandon progressif d’un chantier historique.

Plus que jamais, la justice doit rester un pilier de la Transition, un levier de paix, et une force de légitimation de l’État auprès des citoyens. Il appartient aux acteurs politiques, institutionnels et sociaux de veiller à ce que les fondations posées ne soient pas ébranlées, mais renforcées. Car sans justice, il ne peut y avoir ni développement durable, ni paix sociale véritable.

 

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