J’ai pris connaissance de la réflexion du DG Ibrahima Khalil Keita et, avec tout le respect que je lui dois, son analyse me paraît incomplète. En effet, contrairement à ce qu’il affirme, les dépenses extra-budgétaires ne se limitent pas à creuser le déficit ou à générer de l’inflation. Dans le contexte guinéen actuel, elles peuvent directement provoquer une crise de liquidité physique en GNF.
1. Pression immédiate sur le système bancaire
Lorsqu’un État engage des dépenses non planifiées (paiement de salaires additionnels, primes exceptionnelles, marchés publics), il génère une demande soudaine et massive de liquidités.
Exemple : si l’État décaisse 2 000 milliards GNF hors budget (soit environ 160 M€), les banques commerciales doivent honorer cette sortie sans l’avoir anticipée dans leur plan de trésorerie.
Résultat : rationnellement des retraits au guichet, retards dans les paiements interbancaires et montée de la tension sur le cash.
2. Perte de confiance et fuite hors du système bancaire
Les dépenses non maîtrisées envoient un signal d’instabilité. Ménages et entreprises craignent une dépréciation monétaire et préfèrent conserver du cash “hors banque”.
Si 10 % seulement des dépôts (estimés autour de 40 000 milliards GNF) sont retirés par précaution, cela représente 4 000 milliards GNF sortis du circuit bancaire.
Ce phénomène réduit la liquidité disponible dans les guichets et fragilise la capacité des banques à financer l’économie réelle.
3. Précédents régionaux
Des crises similaires se sont produites dans des pays voisins :
Sierra Leone (2019) : paiements extra-budgétaires liés aux subventions de carburant ont provoqué une raréfaction du Leone physique dans les banques.
RDC (2020) : décaissements massifs non budgétisés ont entraîné une crise de cash local, indépendamment des réserves en devises.
4. Le point de rupture en Guinée.
Par ailleurs les acquisitions de bien immobiliers par du cash pour des montants importants Par des membres du gouvernement et CNRD donnent un mauvais signaled aux agents économiques
La crise actuelle trouve son origine dans une décision majeure : la BCRG a ponctionné environ 500 milliards GNF (près de 50 M€) dans les réserves obligatoires des banques commerciales.
Cette opération, sans contrepartie productive ni justification transparente, a brisé la confiance entre la Banque centrale et les banques primaires.
Dès lors, les banques ont limité leur exposition et réduit la mise à disposition de cash, accentuant la crise de liquidité.
5. Recommandation stratégique
La priorité absolue aujourd’hui est de restaurer la confiance entre la BCRG et les banques primaires. Cela suppose :
Un retour strict à la discipline budgétaire en respectant la Loi de finances.
La fin immédiate des dépenses extra-budgétaires.
La mise en place d’un mécanisme de transparence dans la gestion des réserves obligatoires et des interventions de la Banque centrale.
Il faudra absolument aussi redonner la confiance de la gouvernance auprès de l’institution monétaire en changeant cette équipe à la BCRG accablée par des scandales afin d’arriver à une gestion plus orthodoxe .
Par Bella Bah, activiste

