Bonjour chers amis,
Ce matin, si nous avons choisi de nous adresser à vous, ce n’est pas pour nous plaindre ni pour créer de la
confusion. Non. Nous sommes ici pour parler d’une injustice que nous subissons, mais surtout pour
partager avec vous notre position sur des sujets essentiels qui marquent la vie de notre pays.
Depuis janvier 2025, en tant que simples citoyens animés par l’amour de la Guinée, nous avons décidé de
créer un mouvement politique : Agissons pour la Guinée. Nous l’avons fait non pas par ambition
personnelle, mais pour participer au débat public, pour enrichir la réflexion nationale et, éventuellement,
pour contribuer aux décisions qui engagent notre avenir collectif.
Dans le respect de la loi et de l’esprit républicain, nous avons déposé une demande officielle d’autorisation
auprès du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. La loi est claire :
l’administration dispose de trois mois pour nous répondre, favorablement ou défavorablement. Mais
aujourd’hui, six mois ont passé. Pas une réponse. Pas une explication. Un silence qui ne dit rien, mais qui
signifie tout : une volonté manifeste de nous écarter du débat politique, d’étouffer notre voix, d’empêcher
l’expression d’une alternative citoyenne.
Face à cela, nous avons pris une décision claire : nous allons saisir la justice guinéenne. Parce que
demander l’autorisation d’exister politiquement n’est pas une faveur, c’est un droit garanti par nos lois. Et
nous voulons que ce droit soit respecté.
Soyons clairs : notre entrée en politique n’a jamais eu pour but de créer des problèmes. Elle n’a jamais eu
pour but de semer le désordre. Au contraire, nous voulons participer, proposer, critiquer lorsque c’est
nécessaire, mais toujours avec la volonté de construire. Nous voulons contribuer à l’émergence d’une
nouvelle Guinée, une Guinée où la politique ne rime plus avec violence, exclusion ou manipulation, mais
avec respect, justice et progrès.
Cependant, parce que la loi ne nous reconnaît pas encore officiellement, nous ne pouvons exercer
pleinement sur le terrain. Et parce que nous vivons dans un pays où une simple critique pacifique peut
conduire en prison, nous avons choisi – par responsabilité – de suspendre, pour l’instant, nos prises de
parole publiques sur les questions politiques et de gouvernance.
Je veux que cela soit bien compris : ce n’est ni une démission, ni une peur. C’est un acte de prudence, de
protection. Protection pour nous-mêmes, pour nos familles, pour nos amis. Car l’histoire de notre pays nous
enseigne que la parole, lorsqu’elle dérange, peut coûter cher.
Mais attention : cela ne veut pas dire que nous allons nous taire sur tout. Lorsque des enjeux majeurs se
poseront, nous prendrons la parole. Lorsque l’avenir de la Guinée sera en jeu, nous ferons entendre notre
voix. Nous restons engagés, mais nous choisissons d’être stratégiques et responsables.
Concernant le projet de nouvelle Constitution, notre position est claire. Nous reconnaissons qu’il comporte
des aspects positifs. Mais sur les points essentiels – les réformes institutionnelles, les libertés, la
démocratie – il ne répond pas à nos attentes. Ces manques sont plus nombreux et plus graves que ses
acquis. Voilà pourquoi nous avons décidé de ne pas donner de consigne de vote.
Nous respectons le droit de chaque citoyen de se prononcer selon sa conscience. Mais nous, en tant que
mouvement, nous choisissons de ne cautionner ni par un « oui », ni par un « non », un processus auquel
nous ne croyons pas. Notre rôle n’est pas de diviser les Guinéens, mais d’ouvrir un chemin nouveau, un
chemin où le respect de la loi, la justice et la démocratie ne sont pas des promesses, mais des réalités.
Mesdames et messieurs voici 7 raisons qui expliquent notre choix de ne pas donner de consignes de vote
au referendum :
La première raison c’est la durée du mandat présidentiel.
le projet de constitution ne répond pas à nos attentes en matière de réforme
institutionnelle. La prolongation du mandat présidentiel de cinq à sept ans, par
exemple, constitue un net recul. En effet, cette accumulation de pouvoir a par le
passé engendré instabilité et crises politiques. L’expérience montre que la longévité
d’un président au pouvoir ne garantit pas le développement du pays.
On nous propose 7 ans renouvelables une fois. Cela veut dire qu’un seul homme
peut gouverner la Guinée pendant 14 ans.
Mais, chers compatriotes, souvenons-nous ! Nous avons déjà vécu cela.
Sous Lansana Conté, les mandats de 7 ans n’ont pas apporté la stabilité. Ils ont
produit la fatigue, la lassitude, et l’enlisement.
La France elle-même, notre ancienne puissance coloniale, avait des mandats de 7
ans. Après des décennies, elle a ramené à 5 ans. Pourquoi ? Pour que le peuple
contrôle plus rapidement ses dirigeants.
Le Sénégal a fait le même choix.
Alors, pourquoi la Guinée choisirait-elle de reculer là où les autres avancent ?
Ce n’est pas la durée d’un mandat qui développe un pays. C’est la vision, c’est la
gouvernance, c’est la volonté !
Un président courageux peut transformer son pays en 5 ans. Un président faible peut
ruiner son pays en 20 ans.
Allonger le mandat, c’est prolonger l’attente, c’est éloigner le peuple du pouvoir. C’est
un recul historique.
-La Deuxième raison tourne autour de l’immunité présidentielle !
Bien que nous saluions l’instauration d’une Haute Cour de Justice pour juger le
Président, nous déplorons en parallèle l’immunité accordée à tous les anciens chefs
d’État, qui va à l’encontre de la logique d’un véritable État de droit.
À un niveau institutionnel, l’établissement d’une Cour spéciale chargée de juger le
président et les membres du gouvernement pour des actes de haute trahison paraît
offrir une garantie de contrôle renforcé. On pourrait penser qu’elle servirait de
barrière contre les abus de pouvoir. Cependant, cette juridiction pourrait devenir un
refuge inaccessibile, à l’abri de toute remise en question, si ses juges sont désignés
sans supervision extérieure.
En Afrique de l’Ouest, peu d’États ont mis en place des juridictions spécifiquement
conçues pour juger un chef d’État accusé de haute trahison. Même lorsque de telles
« hautes cours » existent, elles présentent souvent des lacunes similaires à celles
observées dans le projet guinéen.
-La Troisième raison c’est la question de la double nationalité qui n’est pas
clairement résolue.
Cependant, l’idée de permettre la double nationalité pour des postes électifs, en
particulier pour la magistrature suprême, constitue une atteinte au principe de
souveraineté de l’État et soulève des interrogations quant à la loyauté du chef de
l’État envers sa nation. Comme le veut l’adage, « On ne peut pas servir deux rois à la
fois ».
En cas de tensions diplomatiques entre la Guinée et le pays de la seconde
nationalité, le président pourrait se trouver dans une situation délicate. Si la
Constitution n’établit pas clairement les obligations exclusives du président envers la
Guinée, cela pourrait engendrer des lacunes juridiques en matière de responsabilité,
de sécurité nationale ou de diplomatie. Ainsi, un président possédant une double
nationalité pourrait, en théorie, bénéficier de la protection juridique d’un autre État, ce
qui poserait des problèmes en cas de poursuites ou de litiges.
Pour une nation qui aspire à la stabilité politique, à la souveraineté, à une
indépendance réelle et à une cohésion sociale, l’idée qu’un chef d’État puisse avoir
une allégeance supplémentaire est hautement problématique. Cela crée
inévitablement des enjeux de loyauté envers le pays et la nation, même si cela est
parfois justifié par un discours inclusif, défendu par les rédacteurs de la Constitution.
La quatrième raison est axée sur la création d’une institution anti démocratique et
budgétivore !
La création d’un Sénat dans un pays de moins de 15 millions d’habitants suscite
également des interrogations sur la nécessité et l’urgence de telle institution.
Renforcer l’Assemblée nationale aurait été une option plus judicieuse.
Tenez 33/ des membres du sénat seront nommés par le président de la république
ce qui privera l’assemblée nationale de son indépendance par rapport à lexecutif.
La cinquièmes raison évoque la suppression des débats télévisés.
Nous devons aussi évoquer la suppression des débats télévisés entre candidats, qui
est un pas en arrière pour notre démocratie. Dans un monde connecté, priver les
citoyens de la possibilité d’évaluer les candidats au travers de débats est regrettable.
-La Sixième raison elle , relève l’exclusion de la jeunesse à la course à la
présidentielle :
En outre, l’introduction d’une limite d’âge pour la candidature à la présidence, fixée à
40 ans, élimine la voix des jeunes, qui constituent plus de la moitié de notre
population. Bien que les candidatures indépendantes soient autorisées, la situation
actuelle laisse entendre que la jeunesse se voit toujours exclue des hautes instances
politiques.
Nous devons également aborder la question de l’éducation. Affirmer que l’école sera
gratuite, en ignorant les vraies difficultés structurelles et de qualité de notre système
éducatif, relève de la démagogie. Au lieu de cela, le débat doit se centrer sur
l’établissement de standards d’éducation élevés et sur la création de conditions
favorables.
-Enfin la Septième raison c’est l’incapacité à assurer l’accès effectif aux droits
fondamentaux.
Si le texte actuel venait à être adopté, la future constitution prétendrait garantir aux
citoyens un ensemble de droits fondamentaux. Pourtant, ces droits, bien que
louables, restent souvent des objectifs ambitieux, même pour des États dotés de
moyens suffisants pour les mettre en œuvre.
Le projet prévoit notamment que l’État doit garantir à tous l’accès à une couverture
santé universelle, assurer des conditions pour un travail et un logement décents, et
faciliter l’accès des étudiants et diplômés à des stages professionnels. Ces
engagements constituent non seulement des obligations envers les citoyens, mais
pourraient également engager la responsabilité de l’État devant la justice en cas de
manquement.
Pourtant, les constitutions antérieures – et c’est le cas dans la plupart des pays –
reconnaissaient ces mêmes droits fondamentaux sans imposer à l’État de créer
toutes les conditions nécessaires pour leur application réelle. À ma connaissance,
aucun État de droit n’a jamais inscrit dans sa constitution une obligation de cette
ampleur, car une telle approche relève davantage de l’utopisme que du réalisme.
Ainsi, le CNT ne semble pas s’être appuyé sur les réalités du pays pour proposer un
texte opérationnel et applicable. Les dispositions qu’il a introduites risquent de rester
théoriques, condamnées à l’ineffectivité, comme beaucoup d’autres articles du projet
qui ne sont pas adaptés à notre contexte.
Mes compatriotes,
L’enjeu du 21 septembre dépasse largement le simple « oui » ou « non » à un texte. Il
s’agit de décider si la Guinée choisira la voie d’une démocratie vivante, d’une
République où droits et devoirs se conjuguent dans la confiance et non dans le
papier. Accepter une Constitution, c’est accepter un contrat social : les gouvernants
promettent de respecter les libertés, et les citoyens s’engagent à honorer la légalité.
Sans confiance authentique, ce contrat est vide ; il devient désillusion et instabilité.
Une Constitution construite dans la transparence et l’inclusion n’est pas un simple
texte : elle peut devenir le socle de notre renaissance politique. Elle transforme la
parole publique en un dialogue permanent, accessible à tous et non réservé à une
élite. Le référendum n’est pas la fin d’une transition ; il est le commencement de
décennies à venir. Il décidera si la Guinée marche vers le progrès et la justice, ou si
elle s’enlise dans une autorité subtilement dissimulée derrière des mots et des
signatures..
Le référendum ne doit ni être un plébiscite, ni un piège. Il doit être une chance :
repenser notre République, réconcilier notre histoire avec notre avenir, redéfinir notre
rapport au pouvoir.
Que Dieu bénisse la Guinée et les guinéens.
Ibrahima Kalil DIALLO
Président de l’organe provisoire de gestion de APG

