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Monsieur le Président de la République, nommez les compétents, c’est rendre justice à la Nation (Par Bangaly KOUROUMA)

 

Après quelques temps de silence sur la scène politique pour des raisons personnelles, je prends la parole aujourd’hui en tant que jeune juriste et acteur politique pour rappeler une évidence que l’habitude nous fait parfois oublier : gouverner, c’est choisir. Et choisir, c’est déjà rendre justice ou commettre l’injustice.

Monsieur le Président de la République Mamadi Doumbouya,

En droit, il est un principe cardinal que nul ne peut ignorer : qui peut le plus, peut le moins. La constitution adoptée en 2025, en son Titre III << DU PRÉSIDENT DE LARÉPUBLIQUE>>, article 47 vous confère le pouvoir discrétionnaire de nomination aux emplois civils et militaires de l’État. Ce pouvoir n’est pas un privilège ostentatoire. C’est une charge, au sens juridique du terme : une obligation d’agir dans l’intérêt général. Et toute charge appelle des comptes : devant le peuple souverain, devant l’histoire, devant les textes de lois de la République.

Il faut le dire sans arrière-pensée , avec la gravité que commande l’état de la Nation : la Guinée ne souffre pas d’un déficit de textes. Elle souffre d’un déficit d’incarnation. Nos codes sont modernes. Nos institutions existent. Mais trop souvent, les hommes chargés de les faire vivre ont trahi l’esprit des lois par la médiocrité de leurs pratiques. Nous avons vu des décrets excellents mourir dans des tiroirs faute de volonté. Nous avons vu des budgets de souveraineté servir des intérêts domestiques. Nous avons vu l’État devenir, par endroits, une simple administration de la routine.

✅️JE L’AFFIRME EN QUE JURISTE : NOMMER, C’EST RENDRE JUSTICE.

Monsieur le Président, justice d’abord à cette jeunesse que la République forme à grands frais dans les amphithéâtres de l’université Général Lansana conté de Sonfonia, de l’université de Kankan, de N’Zérékoré ,de Kindia et de Labé. Chaque année, des milliers de licenciés, de masters, de doctorants sortent de nos universités.

Où vont-ils ? À l’exil, au chômage, au désert ou à la débrouille. Pendant ce temps, les mêmes profils occupent les mêmes postes depuis vingt ou trente ans, non par l’excellence de leur bilan, mais par la force de leurs réseaux. C’est une injustice sociale. C’est aussi une faute stratégique. Un pays qui refuse de renouveler ses élites se condamne à la sclérose.

N’êtes-vous pas l’espoir de cette jeunesse en détresse ?

✅️IL VOUS FAUT DES HOMMES DE COURAGE ET DE DROIT

Le courage, ici, n’est pas une incantation morale. C’est une catégorie juridique. C’est le courage du fonctionnaire qui applique strictement la loi pénale, même quand le mis en cause est un puissant. C’est le courage du ministre qui commande un audit et qui en publie les conclusions. C’est le courage du cadre qui refuse de signer un marché de gré à gré illégal, fût-ce sur instruction verbale.

Des parcours publics illustrent déjà cette exigence. #Charles_Wright, ancien Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, par la fermeté avec laquelle il a rappelé la primauté de la Loi au cœur des tempêtes judiciaires. #Aly_Touré, Procureur Spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), par sa constance dans la lutte contre la corruption et pour la transparence dans la gestion des ressources publiques. #Mohamed_Lamine_Sy_Savané, Ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, par les réformes engagées pour assainir le foncier, libérer les domaines publics et imposer le respect des schémas directeurs face aux occupations anarchiques. #Ibrahim_Sory_deux_Tounkara, haut cadre de l’administration et acteur politique engagé, par son attachement affiché aux principes républicains et à la défense de l’intérêt général. Ces exemples, parmi d’autres, prouvent qu’il existe en Guinée des cadres qui placent le droit au-dessus des pressions. S’en inspirer dans vos choix, c’est envoyer un signal clair : la République récompense le courage légal. Sans ce courage, l’autorité de l’État n’est qu’un tigre de papier. Avec lui, la République redevient crédible.

✅️ IL VOUS FAUT DES PATRIOTES QUI ERIGENT LA FORMATION EN DOCTRINE D’ÉTAT.

La compétence n’est pas un état. C’est un processus. Un ingénieur qui ne se met pas à jour est dépassé en cinq ans. Un magistrat qui ne lit pas la jurisprudence récente juge à contresens. Un médecin qui ne suit pas les protocoles tue. Voilà pourquoi chaque nomination doit être assortie d’une obligation : celle de former, de transmettre, de préparer la relève.

Cette exigence a déjà eu ses pionniers dans notre système éducatif. #Dr_Diaka_Sidibé, ancienne Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, par les réformes engagées pour l’assainissement des universités, la digitalisation des inscriptions et la lutte contre les faux diplômes. #Aboubacar_Barry, ancien Directeur Général de l’Enseignement Supérieur, par son travail sur l’harmonisation des programmes et l’exigence de qualité dans nos facultés. Leurs actions rappellent une vérité : réformer l’école, c’est réformer l’État.
Qu’un DGA de 35 ans ne soit plus une exception, aaamais une norme quand le talent est là. Un État qui ne croit pas en sa jeunesse est un État qui organise sa propre fin.

✅️MAIS IL FAUT LE DIRE AUSSI A LA JEUNESSE :

la République ne se mendie pas, elle se mérite.
Frères et sœurs de ma génération, le temps de la flatterie des cadres est révolu. Le temps de la mendicité devant les bureaux doit cesser. Aucun État sérieux ne se construit sur des jeunes qui troquent leur dignité contre une promesse de petites miettes. La politique n’est pas une tontine. L’administration n’est pas une aumône. Notre arme, c’est la formation. Notre force, c’est la compétence. Notre dignité, c’est de nous valoriser par le travail, par les diplômes, par les bons projets. Refusons d’être des griots de circonstance. Devenons des techniciens, des juristes, des ingénieurs, des géographes et des agriculteurs modernes que la Nation viendra chercher. Car un cadre nommé par pitié ne respecte jamais ceux qui l’ont supplié. Mais un cadre nommé par nécessité respecte toujours la République qui l’a choisi. Formons-nous. Exigeons. Méritons. Alors nous serons incontournables.

✅️IL VOUS FAUT SURTOUT DES HOMMES RESTÉS AUPRÈS DU BAS PEUPLE

Le droit administratif connaît le << principe de proximité >> et le << principe d’adaptation du service public >>. Ils signifient une chose simple : on ne gouverne pas un pays réel avec des idées hors-sol. Un dirigeant qui ignore le prix du riz à Matoto, le temps d’attente au tribunal de Dixinn, ou l’état de la route Kissidougou-Kankan, prend des décisions illégales d’un point de vue sociologique. L’illégalité sociologique, Monsieur le Président, est la plus dangereuse : c’est elle qui provoque les ruptures entre le peuple et ses élites. Être auprès du bas peuple, ce n’est pas faire du populisme. C’est avoir gardé l’oreille, le cœur et les pieds dans la Guinée profonde, celle qui se lève tôt et qui n’attend qu’une chose : que l’État soit juste.

Monsieur le Président,

L’impunité n’est pas seulement pénale. Elle est d’abord politique. C’est quand l’échec au sommet n’est jamais sanctionné, quand la prédation n’est jamais punie, quand la compétence n’est jamais récompensée. Chaque décret de nomination que vous signez est un acte de jurisprudence politique. Il crée un précédent. Il dit à la Nation ce qui est permis et ce qui est proscrit. Choisissez des serviteurs, et vous enseignerez le service. Choisissez des courtisans, et vous enseignerez la courbette.

L’histoire constitutionnelle de l’Afrique nous enseigne : les régimes ne tombent pas faute de ressources. Ils tombent faute d’hommes. Faute d’avoir su, à temps, passer le témoin à des générations préparées, armées, et habitées par le sens de l’État.

Je vous parle en jeune juriste, mais à travers moi ce sont des milliers de voix qui s’expriment. Des voix qui ont fait le choix de rester, d’étudier, de croire encore que le droit peut triompher de l’arbitraire. Nous ne demandons pas de faveur. Nous demandons que la justice commence au sommet de l’État. Que le mérite soit la seule carte de membre du gouvernement de la République.

La gravité de l’heure nous interdit les périphrases. La Guinée attend des actes. Elle vous regarde. Elle vous fait confiance.

Par Bangaly KOUROUMA, jeune juriste, acteur politique.

Que la loi soit la boussole.
Que la Justice soit la méthode.
Que la Guinée gagne.