Le discours de Mamadou Thug, bien que lyrique et empreint de patriotisme, mérite une réponse lucide et sans complaisance. Derrière les envolées rhétoriques et les appels à l’unité nationale, se cache un projet de Constitution qui soulève de sérieuses inquiétudes sur le plan démocratique, juridique et éthique.
1- Une Constitution qui divise plus qu’elle ne rassemble, taillée pour le pouvoir, non pour le peuple.
Le texte présenté comme « inclusif » et « enraciné dans nos réalités » est en réalité le fruit d’un processus opaque, piloté par une junte militaire qui, depuis 2021, gouverne sans légitimité populaire. Le prétendu « processus participatif » n’a été qu’une mise en scène: les consultations ont été encadrées, les critiques étouffées, et les voix dissidentes réprimées.
Le peuple n’a pas été acteur, mais spectateur d’un scénario déjà écrit.
2- Un mandat présidentiel démesuré et dangereux.
Fixer le mandat présidentiel à 7 ans renouvelable une seule fois (Article 44) est présenté comme une solution aux « tensions électorales ».
En réalité, c’est une manière de prolonger la mainmise du pouvoir et de retarder l’alternance. Pire encore, contrairement à l’avant-projet, le texte final n’interdit pas explicitement à vie toute reconduction au-delà de deux mandats, ouvrant la porte à des manipulations futures.
3- Une Constitution sans garde-fous.
Le texte ne garantit pas une séparation claire des pouvoirs. Le Sénat, censé jouer un rôle de filtre, est nommé en grande partie par le Président, ce qui affaiblit son indépendance. La Cour spéciale pour juger le chef de l’État, loin d’être un outil de transparence, risque de devenir un bouclier d’impunité, si elle échappe à tout contrôle citoyen ou parlementaire.
4- Des promesses sociales sans garanties concrètes.
L’éducation gratuite jusqu’à 17 ans et la prise en charge des études supérieures (Article 21) sont des annonces séduisantes, mais aucun mécanisme de financement durable n’est prévu. De même, la couverture santé universelle (Article 22) reste une promesse vague, sans plan d’exécution ni budget alloué.
5- Une démocratie confisquée.
Le droit de pétition (Article 20) est présenté comme une alternative à la rue. Mais dans un pays où les manifestations sont régulièrement réprimées, ce droit risque de n’être qu’un outil symbolique, sans effet réel. Le débat ne quitte pas la rue pour rejoindre les institutions: il est déporté vers des structures verrouillées, où le citoyen n’a qu’un rôle décoratif.
6- Une instrumentalisation de la culture
L’article 62 confie la protection de la culture au Président. Ce choix est discutable: la culture doit être libre, portée par les citoyens, les artistes, les intellectuels non instrumentalisée par le pouvoir exécutif. Confier cette mission au chef de l’État, c’est politiser l’expression culturelle, au risque de la censurer ou de la détourner.
7- Tes invocations religieuses qui ne masquent hélas pas les dérives.
Rendre grâce à Allah pour avoir participé à ce processus est un droit personnel. Mais cela ne doit pas servir à légitimer un texte contesté, ni à sacraliser un projet politique.
L’islam enseigne la justice, la consultation sincère, et le respect des droits.
Or, ce projet constitutionnel trahit ces principes en consolidant un pouvoir centralisé et en marginalisant les voix critiques.
8- Une Constitution qui ne nous ressemble pas
Ce projet n’est pas un héritage pour les générations futures.
C’est une tentative de verrouillage institutionnel, maquillée en réforme démocratique. Il ne rassemble pas il divise. Il ne protège pas il expose. Il ne libère pas il encadre.
Le peuple guinéen mérite mieux qu’un texte rédigé sous influence, validé dans la précipitation, et promu par des figures artistiques transformées en relais politiques.
Le 21 septembre, voter NON ou S’ABSTENIR A VOTER, c’est refuser la résignation. C’est défendre une Guinée réellement libre, juste et démocratique.
Par Cellou Kansala Diallo