Il est temps de poser, avec courage, une question que beaucoup murmurent mais que peu osent formuler publiquement : comment un pays riche d’esprits brillants peut-il continuer à être dirigé par des élites si peu qualifiées, tandis que ses plus grands diplômés se contentent de jouer les seconds rôles ?
Notre nation regorge pourtant d’hommes et de femmes formés dans les meilleures universités, experts dans leurs domaines, capables de transformer en profondeur nos institutions, notre économie et notre avenir collectif.
Mais que voyons-nous ?
Des compétences forcées de se mettre en retrait, d’accepter l’ombre, d’applaudir des décisions qu’elles n’ont pas prises, et souvent, d’obéir à plus médiocre qu’elles.
Le vrai drame ne réside pas uniquement dans la faiblesse de la classe dirigeante ; il réside dans un peuple qui, trop souvent, rejette son intelligentsia au profit de la facilité, du bruit et des apparences.
Nous avons normalisé l’idée que la compétence dérange, que la réflexion fait peur, que la connaissance est une menace pour les imposteurs qui se sont habitués au pouvoir.
Dans d’autres nations, les élites intellectuelles sont des ressources nationales.
Chez nous, elles sont souvent perçues comme des rivales, des gêneurs, ou pire encore, comme des étrangers à la “réalité populaire”.
Mais comment bâtir un État solide lorsque ceux qui savent analyser, anticiper, planifier, sont priés de se taire, de patienter, ou de servir de figurants à un leadership qui ne se nourrit que d’improvisation ?
Le manque de courage de nos élites vertueuses est également un problème majeur.
Beaucoup préfèrent la sécurité du silence à l’inconfort du combat politique.
Beaucoup ont fui la scène publique, laissant le champ libre aux plus bruyants, aux plus limités, aux plus mal intentionnés.
À force de prudence, les hommes et femmes de valeur ont laissé la politique être confisquée par ceux qui ne portent ni vision, ni éthique, ni ambition nationale.
Le pays ne manque pas de compétences ; il manque de courage.
Il manque de cette détermination qui pousse un cadre brillant à sortir de son bureau climatisé pour affronter la réalité, défendre des idées, supporter les critiques, résister aux pressions.
Il manque de cette foi patriotique qui transforme la connaissance en engagement, l’expertise en acte, l’éducation en responsabilité.
Aujourd’hui plus que jamais, l’heure est venue d’exiger une classe dirigeante qualifiée, légitime, formée et sincèrement dévouée au progrès.
Il est aussi temps que le peuple cesse d’acclamer la médiocrité et de banaliser la compétence, car aucun pays ne se développe en rejetant ceux qui peuvent le sauver.
Cette tribune est un appel.
Un appel à nos intellectuels pour qu’ils cessent de se cacher.
Un appel au peuple pour qu’il rehausse ses exigences.
Un appel à la nation pour qu’elle choisisse enfin l’intelligence, le mérite et la vertu comme boussole politique.
Car un pays qui valorise la médiocrité prépare son échec.
Un pays qui célèbre l’excellence construit son avenir.
Par Aboubacar Big Kaba, membre du parti PADES