« La confiance est donnée une fois ; les résultats, eux, sont attendus chaque jour »,nous rappelle la sagesse chinoise.
Le décret présidentiel reconduisant Bah Oury au poste de Premier ministre, chef du gouvernement, ainsi que celui fixant la nouvelle structure de l’exécutif, mettent fin à une séquence d’attente et ouvrent un moment politique décisif. Ce choix n’est ni anodin ni cosmétique. Il traduit une volonté de continuité stratégique, de cohérence politique et de stabilité institutionnelle dans une phase où la Guinée a davantage besoin d’efficacité que de ruptures improvisées.
La reconduction de Bah Oury s’inscrit dans une logique politique claire. Directeur de campagne du candidat élu avec plus de 86 % des suffrages, il a été l’un des artisans centraux de cette victoire massive. Dans toutes les démocraties fonctionnelles, une telle responsabilité appelle naturellement la reconduction et la confiance renouvelée. Comme le rappelait Max Weber, « la politique est l’art de prendre des responsabilités ». En maintenant Bah Oury à la tête du gouvernement, le président Mamadi Doumbouya assume une cohérence rare : celle qui lie la victoire électorale à la continuité de l’action gouvernementale.
Ce choix envoie également un signal fort à l’administration et à la classe politique : la loyauté, le travail et la discipline stratégique sont reconnus. Gouverner, ce n’est pas récompenser l’agitation ou l’opportunisme, mais consolider les équipes capables de traduire une vision en actes. La stabilité au sommet de l’exécutif est ici un levier, non un frein.
Au-delà des hommes, la publication de la nouvelle structure du gouvernement mérite une lecture attentive et, disons-le clairement, encourageante. Cette architecture traduit une volonté de rationalisation, de spécialisation et de modernisation de l’action publique. Elle dessine un État stratège, mieux outillé pour répondre aux défis contemporains.
La séparation claire entre les ministères régaliens (Justice, Défense, Sécurité, Administration du territoire) renforce la lisibilité de l’autorité de l’État. L’articulation entre Économie-Finances-Budget et Plan-Coopération-Développement témoigne d’une volonté de mieux aligner la gestion financière avec la planification stratégique. Comme l’affirmait Peter Drucker, « la meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le planifier ».
L’introduction explicite d’un ministère de la Modernisation, de l’Administration et de la Fonction publique est particulièrement significative. Elle reconnaît enfin que la réforme de l’État n’est pas un slogan, mais un chantier structurant. De même, le couplage de la Communication avec l’Économie numérique et l’Innovation inscrit la Guinée dans une logique de transformation digitale assumée, indispensable à la compétitivité et à la transparence.
La structuration fine des secteurs productifs (Mines, Agriculture, Élevage, Pêche et Économie maritime, Industrie et Commerce) montre une volonté de valoriser les chaînes de valeur nationales plutôt que de les traiter comme des blocs indistincts. C’est une approche moderne, alignée sur les meilleures pratiques de gouvernance économique. À cela s’ajoutent l’Énergie, les Infrastructures, les Transports, l’Urbanisme et l’Environnement, qui dessinent une vision intégrée du développement territorial.
Les ministères sociaux (Santé, Éducation, Emploi, Femme et Solidarités, Jeunesse et Sports) rappellent opportunément que la croissance n’a de sens que si elle est humaine. Comme le soulignait Amartya Sen, « le développement est avant tout un processus d’élargissement des libertés réelles ».
Cette structure, innovante par sa clarté et son ambition, appelle désormais une responsabilité majeure : le choix des femmes et des hommes chargés de l’incarner. C’est ici que la confiance renouvelée du président envers son Premier ministre prend tout son sens. Bah Oury est désormais attendu sur un terrain décisif : celui de la compétence, de l’intégrité et de la crédibilité des futures nominations.
Il lui revient d’aider le président à constituer une équipe gouvernementale et une haute administration à la hauteur des attentes populaires. Des profils solides, expérimentés, républicains, capables de servir l’État et non de se servir de l’État. Des femmes et des hommes conscients que, comme le disait Hannah Arendt, « le pouvoir n’a de sens que s’il est mis au service du bien commun ».
La reconduction de Bah Oury est un acte de confiance. La nouvelle structure gouvernementale est une promesse. Reste désormais l’essentiel : transformer cette cohérence politique et cette architecture institutionnelle en résultats concrets. C’est à ce prix que la victoire électorale de 86 % trouvera sa pleine légitimité dans l’action, et que l’État guinéen pourra enfin passer de l’intention à l’impact.
« Gouverner, ce n’est pas s’élever au-dessus des autres, c’est porter leur poids sans les écraser » nous rappelle la sagesse africaine.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah
*Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.