GUINEE- la CRIEF enquête sur la gestion de l’ENA, ex-INFP

 

Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ouvert une enquête préliminaire sur la gestion de l’École nationale d’administration de Guinée (ENA-Guinée), ex-Institut national de formation et de perfectionnement (INFP), visée par des soupçons de détournement de fonds publics, corruption et blanchiment de capitaux.

 

Le procureur spécial Alphonse Charles Wright a saisi l’Office de répression des délits économiques et financiers, la Direction centrale de la police judiciaire ainsi que le secrétariat de la présidence chargé des services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé pour mener des investigations sur la gestion financière de l’institution entre 2022 et 2026.

L’enquête cible notamment Mamadou Barry, directeur général de l’ancien INFP, Mamady Diawara, directeur général adjoint, Siaka Keïta, chef du service Infrastructures, logistique, maintenance et sécurité, ainsi que toute autre personne susceptible d’être impliquée.

Le parquet évoque des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, concussion, blanchiment de capitaux, enrichissement illicite, prise illégale d’intérêts, faux et usage de faux en écritures publiques et privées, ainsi que complicité.

Selon la note signalétique transmise au parquet, l’affaire porte sur la gestion de 53,695 milliards de francs guinéens de subventions publiques allouées à l’établissement entre 2023 et le premier trimestre 2026, dans un contexte marqué par l’absence d’un Conseil d’administration légalement constitué depuis la création de l’INFP puis sa transformation en ENA-Guinée.

La note estime que cette absence d’organe délibérant a créé un « vide juridique structurel », aucune instance n’étant légalement habilitée à approuver les rémunérations, les avantages en nature, les allocations de carburant ou les décaissements liés aux formations financées par l’État.

Parmi les irrégularités signalées figurent plusieurs formations dites spéciales dont la réalité pédagogique n’aurait pas été établie. Sont notamment citées une formation de 10.000 nouveaux fonctionnaires en 2024 pour 9,214 milliards de GNF, une formation de cadres et élus locaux en avril 2025 pour 500 millions de GNF, ainsi qu’une formation de 60 cadres “executive managers stratégiques” en septembre 2025 pour 5 milliards de GNF.

À elles seules, ces trois opérations représentent 14,714 milliards de GNF, soit environ 27,4% du total des subventions versées sur la période 2023-2026, selon le document, qui relève l’absence présumée de listes de présence nominatives, rapports de formation, attestations de participants ou contrats de prestataires.

L’acte de dénonciation fait également état d’irrégularités dans les rémunérations. Selon les éléments transmis au parquet, certains agents chargés du contrôle financier ou comptable, avec un grade de chef de section, auraient perçu des salaires mensuels de 21 millions de GNF, assortis d’allocations de carburant trimestrielles de 17 millions de GNF et de véhicules 4×4, alors que des chefs de division, hiérarchiquement supérieurs, touchaient entre 8 et 10 millions de GNF sans avantages comparables.

Le parquet estime que ces faits sont susceptibles de recevoir plusieurs qualifications pénales, notamment détournement de deniers publics, corruption active et passive, gestion de fait, faux et usage de faux et violation du statut général des fonctionnaires. Il souligne également que le montant global en jeu dépasse largement le seuil d’un milliard de francs guinéens fixé pour la compétence de la CRIEF

 

TBD/ Louis De Funès Diallo, Pour Mondemedia.info