GUINEE- le projet d’adduction d’eau de Siguiri dans le viseur de la CRIEF

 

CONAKRY, 23 juillet 2026– La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ouvert une enquête préliminaire sur un marché public de plus de 26,5 millions de dollars relatif au système d’alimentation en eau potable de la ville de Siguiri, dans le nord-est de la Guinée, sur fond de soupçons de détournement de deniers publics, de corruption et de violations des règles de passation des marchés publics.
Les investigations portent sur un contrat attribué en 2015, par entente directe et non par appel d’offres, au groupement d’entreprises CORSIN AQUATRA WEST AFRICA S.A. pour un montant initial de 26.580.910 dollars américains TTC. La Société des Eaux de Guinée (SEG) était le maître d’ouvrage du projet.
Le parquet évoque des faits présumés de détournement de deniers publics, de corruption d’agents publics et privés, de concussion, d’enrichissement illicite, de prise illégale d’intérêts ainsi que de violation des règles des marchés publics, des infractions prévues par le Code pénal et les lois relatives à la lutte contre la corruption et le blanchiment de capitaux.
Le marché a ensuite fait l’objet de plusieurs avenants. Les deux premiers, présentés comme sans incidence financière, ont notamment modifié les modalités de paiement et prolongé les délais d’exécution. Un troisième avenant, signé en juillet 2020, a ajouté des travaux supplémentaires, notamment la construction d’un réservoir de 10.000 m³, d’un château d’eau de 5.000 m³ et l’extension du réseau de distribution sur 18,8 kilomètres.
Ces modifications ont entraîné une augmentation du coût du contrat d’environ 4,5 millions de dollars, avec un nouveau délai d’exécution de douze mois.
Le parquet relève toutefois un écart important entre l’avancement physique et l’exécution financière du projet. Au 6 août 2023, le taux de réalisation des travaux était estimé à 54,2 %, tandis que le taux d’exécution financière atteignait 89,97 %, alors que le projet, initialement prévu pour être achevé en cinq mois à partir de mai 2015, accuse plusieurs années de retard.
Face à ces éléments, le procureur spécial a ordonné une enquête préliminaire afin d’examiner les conditions d’attribution du marché, les circonstances des modifications successives du contrat ainsi que l’utilisation des fonds perçus par l’entreprise bénéficiaire.
Les enquêteurs devront notamment entendre les représentants légaux de la société adjudicataire, les responsables de la SEG en fonction au moment des faits, le maître d’ouvrage délégué, ainsi que les anciens responsables de la Direction générale des marchés publics et de la Direction générale des investissements publics.

 

TBD/ Louis De Funès Diallo, Pour Mondemedia.info