Après Siguiri, le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a poursuivi sa tournée de terrain à Dubréka, une préfecture située à une cinquantaine de kilomètres de Conakry. Désormais investi de compétences élargies aux questions environnementales, sanitaires et de protection des biens publics, le magistrat a effectué, mardi, une descente inopinée dans plusieurs localités de la préfecture.
Objectif : constater de visu l’ampleur des atteintes portées à l’environnement, notamment la destruction des mangroves, le remblayage des domaines agricoles et l’occupation anarchique de certaines zones, avec, selon plusieurs observations, la complicité présumée de certains responsables locaux.
Une pression foncière croissante
Avec sa proximité immédiate de Conakry, Dubréka est devenue l’une des zones les plus convoitées du Grand Conakry. Cette forte pression foncière favorise les spéculations, les ventes de terrains et la transformation progressive de vastes espaces agricoles en zones d’habitation.
Selon les constats effectués sur le terrain, certaines mangroves sont présentées comme des espaces destinés à l’élevage tandis que plusieurs domaines agricoles sont progressivement morcelés et remblayés en vue d’une éventuelle urbanisation.
Une mission de terrain avec les autorités locales
Dès son arrivée à la préfecture, Alphonse Charles Wright a réuni autour de lui le secrétaire général chargé des collectivités, le procureur de Dubréka, les directeurs préfectoraux de l’Agriculture, de l’Environnement et de l’Habitat, ainsi que l’imam de la Grande Mosquée de Dubréka.
La délégation s’est ensuite rendue dans plusieurs sites jugés sensibles afin d’évaluer l’état de dégradation de l’environnement.
Première étape : le quartier Madina, derrière l’École normale d’instituteurs (ENI). Sur place, de vastes étendues de mangroves seraient en voie d’aménagement sous prétexte de la création d’une zone d’élevage.
Dofili 2 : des hectares agricoles sous la menace du remblayage
La situation observée à Dofili 2 a particulièrement retenu l’attention du procureur spécial. Plusieurs hectares de terres agricoles y sont actuellement remblayés, alors que ces espaces sont théoriquement réservés à l’agriculture.
Face à des images qu’il qualifie de choquantes, Alphonse Charles Wright interpelle les responsables présents sur les lieux. Les explications fournies peinent toutefois à le convaincre.
La directrice préfectorale de l’Agriculture explique que le site comporte deux zones distinctes et que des démarches auraient été engagées auprès du ministère pour un aménagement à vocation agricole et non urbaine.
« Dans une partie, le riz a donné cette année. Dans l’autre, les rendements sont plus faibles. Mais avec une meilleure maîtrise de l’eau, le potentiel agricole reste important », a-t-elle indiqué.
« Ici, il n’y aura rien »
Visiblement remonté, le procureur spécial annonce immédiatement des mesures conservatoires.
« Je prendrai une réquisition d’interdiction ici. Il n’y aura rien. C’est terminé. Je vous attends lundi à la CRIEF », a-t-il lancé aux responsables concernés.
Pour lui, la situation traduit une confusion grave entre foncier rural et foncier urbain.
« C’est une zone qui relève de l’agriculture, pas de l’urbanisme. Là où l’on doit produire pour nourrir les populations, on construit. Ce n’est pas normal », a-t-il déclaré en s’adressant au directeur préfectoral de l’Habitat.
Restaurer les espaces dégradés
Le magistrat a également salué l’intervention du procureur de Dubréka qui, selon lui, aurait déjà pris des mesures pour stopper certaines opérations de partage de terrains.
« Si nous fermons les yeux ailleurs, nous les ouvrons à Dubréka pour la protection de l’environnement. Il faut rétablir cette zone. Tous ceux qui étaient sur le point de se partager ces parcelles doivent comprendre que cela ne passera plus », a-t-il insisté.
Tout en appelant à la responsabilité des différents services techniques, Alphonse Charles Wright a souligné que son objectif n’était pas de créer des tensions mais de réparer les préjudices causés à l’environnement.
« Je suis venu pour qu’on trouve un terrain d’entente. Je suis là pour qu’on répare. Un procureur agit au nom de la société. Tant que la société est protégée, les institutions sont protégées », a-t-il affirmé.
Une nouvelle étape après Siguiri
Cette mission à Dubréka intervient quelques jours seulement après une autre descente effectuée à Siguiri. Elle s’inscrit dans la dynamique engagée par le procureur spécial de la CRIEF visant à renforcer la lutte contre les atteintes à l’environnement, à préserver les terres agricoles et à mettre fin aux occupations irrégulières du domaine public.
TBD/ Louis De Funès Diallo, Pour Mondemedia.info

