S'Informer à la minute près
jeune solidaire
Bann23

GUINEE- Analyse critique de la Loi L/2021/0018/AN du point de vue d’un ancien Directeur Adjoint National des Sports et des activités physiques

 

La promulgation de la Loi L/2021/0018/AN portant organisation, promotion et contrôle des activités physiques et sportives en République de Guinée a marqué une étape historique dans l’évolution du sport national. Pour la première fois, la Guinée s’est dotée d’un cadre juridique moderne visant à réglementer l’ensemble du mouvement sportif, du sport scolaire au sport de haut niveau.

Cependant, cinq années après son adoption, une question demeure : la loi a-t-elle produit les effets attendus sur le terrain ?

Les acquis de la loi
Cette réforme a permis :

-La clarification des rôles de l’État, des collectivités, des fédérations et des clubs.
-La reconnaissance du sport comme outil d’éducation, de santé et de cohésion sociale.
-Une meilleure protection juridique des sportifs.
-La prise en compte des femmes, des personnes handicapées et des jeunes dans les politiques sportives.
-Le renforcement de la gouvernance et de la transparence dans les fédérations sportives.

L’un des grands mérites de cette loi est d’avoir placé le sport au cœur des politiques publiques nationales.

Les insuffisances observées.
Malgré la qualité du texte, plusieurs difficultés limitent encore son impact :

1- L’absence de nombreux textes d’application.
Une loi n’est efficace que lorsqu’elle est accompagnée de décrets et d’arrêtés permettant sa mise en œuvre. Plusieurs dispositions importantes nécessitent encore des mesures réglementaires complémentaires.

2-Le déficit d’infrastructures sportives
La Guinée continue de souffrir d’un manque criant d’infrastructures modernes :
-Terrains de proximité insuffisants.
-Complexes sportifs régionaux limités.
-Équipements sportifs souvent vétustes.
Sans infrastructures adaptées, les objectifs de la loi restent difficiles à atteindre.

3-Le financement du sport
Le principal défi du sport guinéen demeure le financement :
-Faibles ressources des fédérations.
-Sponsoring privé encore limité.
-Dépendance excessive vis-à-vis du budget de l’État.
Le développement du sport exige pourtant des investissements durables.

4-Le sport scolaire et universitaire
La loi accorde une place importante au sport scolaire. Toutefois, dans la pratique, les compétitions interscolaires et universitaires demeurent insuffisamment structurées. Or, c’est à ce niveau que se construit l’élite sportive de demain.

Les perspectives d’avenir pour le sport Guinéen.

Pour faire de cette loi un véritable levier de développement, il serait souhaitable :

1- D’accélérer l’adoption des textes d’application.
2- De renforcer l’autonomie financière des fédérations.
3- De relancer le sport scolaire et universitaire.
4- De développer les infrastructures dans les régions de l’intérieur du pays.
5- De professionnaliser davantage l’administration sportive. 6- D’encourager le partenariat public-privé dans le financement du sport.

Conclusion

En tant qu’ancien Directeur National Adjoint des Sports et des Activités physiques, je considère que la Loi L/2021/0018/AN constitue l’une des réformes les plus importantes du sport guinéen depuis l’indépendance. Elle a posé les fondations d’un système sportif moderne, inclusif et mieux organisé. Toutefois, le véritable défi n’est plus l’existence de la loi, mais sa mise en œuvre effective au bénéfice des sportifs, des clubs et des fédérations.

« Le développement du sport guinéen ne dépend plus seulement des textes, mais de notre capacité collective à les appliquer avec rigueur, vision et responsabilité. »

 

Djibril Kaké, ancien Directeur National Adjoint des Sports et des Activités Physiques de la République de Guinée.