Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, hausse le ton dans le dossier des atteintes à l’environnement et de la spoliation présumée de domaines publics dans la préfecture de Dubréka. Dans un courrier en date du 7 juillet 2026, adressé notamment au directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), au directeur central de la police judiciaire ainsi qu’au secrétaire général à la Présidence chargé des services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, le magistrat a ordonné l’interpellation sans délai de toutes les personnes impliquées dans cette affaire.
Le parquet spécial de la CRIEF avait déjà saisi, le 23 juin 2026, l’ORDEF et la Direction centrale de la police judiciaire aux fins de l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des faits présumés de détournement de deniers publics liés aux biens d’équipement et aux quotes-parts de l’État dans les différentes clés de répartition des lotissements réalisés ou en cours de réalisation à Dubréka.
Mais au fil des investigations, le dossier a pris une ampleur plus large. Le parquet évoque désormais de graves atteintes à l’environnement, causées notamment par des lotissements anarchiques dans des plaines agricoles et des bas-fonds, en violation du décret du 9 août 2023 réglementant les lotissements en République de Guinée. Ce texte subordonne toute opération de lotissement à une autorisation préalable du ministre en charge de l’Urbanisme, après examen du dossier par les services compétents.
Dans sa note, Alphonse Charles Wright estime que ces pratiques auraient été rendues possibles par la complicité de certains agents relevant de l’environnement, de l’habitat, des mines et de l’agriculture. Les faits dénoncés portent notamment sur l’exploitation illégale de carrières de sable, le remblayage de zones agricoles à des fins d’urbanisation, ainsi que sur des soupçons de corruption, concussion, enrichissement illicite, faux et usage de faux, blanchiment de capitaux et prise illégale d’intérêts.
Le procureur spécial affirme en outre que, malgré l’ouverture de l’enquête, certaines personnes mises en cause continueraient à commettre les mêmes faits, tout en tentant de dissimuler des preuves à travers la production de documents présumés falsifiés. D’autres chercheraient, selon lui, à se soustraire à la justice. Il soutient également que des ressources financières issues de la vente de domaines appartenant à l’État continueraient à être dissimulées.
Face à ce qu’il qualifie de situation d’infraction flagrante venant se greffer à l’enquête initialement ouverte, le parquet spécial a instruit les services compétents d’agir , en procédant à l’interpellation immédiate des personnes liées aux faits en cours de réalisation. Il demande également que des mesures de garde à vue soient envisagées sans délai, afin d’empêcher toute fuite, toute concertation ou toute disparition d’éléments de preuve.
L’enquête sera conduite sous la direction des substituts du procureur spécial Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbo Kamano, avec l’appui d’une équipe mixte d’officiers de police judiciaire coordonnée par l’ORDEF.
Cette nouvelle offensive judiciaire intervient quelques semaines après une descente surprise d’Alphonse Charles Wright à Dubréka. Au cours de cette visite, le procureur spécial avait constaté de visu, l’occupation de domaines maritimes et la spoliation de vastes superficies agricoles. Visiblement choqué par l’ampleur du phénomène, il avait promis de prendre des mesures fermes contre les auteurs de ces pratiques.
Avec cette instruction formelle donnée aux services d’enquête, la CRIEF semble désormais décidée à accélérer le traitement de ce dossier, dans un contexte où les questions de gestion du foncier, de protection de l’environnement et de préservation du patrimoine de l’État suscitent de plus en plus d’inquiétudes en Guinée
TBD/ Louis De Funès Diallo, Pour Mondemedia.info