Au Julius Maada Bio International Conference Centre de Lungi, en Sierra Leone, qui a abrité ce dimanche 19 juillet la 69ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, le président guinéen Mamadi Doumbouya, vêtu d’un boubou blanc et coiffé d’un bonnet assorti, a prononcé un discours fort qui s’est démarqué des interventions habituelles.
Invité à prendre la parole à l’occasion de ce sommet marquant le retour de la Guinée au sein des instances de la CEDEAO après les sanctions prises au lendemain du coup d’État du 5 septembre 2021, le chef de l’État a appelé l’organisation sous-régionale à revenir aux objectifs fixés par ses pères fondateurs, notamment le général Yakubu Gowon du Nigeria, le général Gnassingbé Eyadéma du Togo et les autres dirigeants ouest-africains ayant créé l’institution.
Selon Mamadi Doumbouya, l’intégration africaine demeure la seule voie durable pour préserver la paix et prévenir les conflits. Il a rappelé que, lors de la création de la CEDEAO, le 28 mai 1975, l’ambition des dirigeants de l’époque était avant tout économique et commerciale.
« Lorsque, le 28 mai 1975, les 15 pères fondateurs de la CEDEAO se réunissaient au Nigeria, leur objectif était clair, très clair et simple : économique et commercial. Face aux grands ensembles qui dominaient le monde, il s’agissait de créer un grand marché commun ouest-africain pour le développement et la paix. Parce qu’ils avaient conscience que là où il y a le développement économique, il y a la paix. Et ce n’est qu’ensemble que nous pouvons être forts et respectés », a déclaré le président guinéen.
Abordant la gestion des crises au sein de l’espace communautaire, Mamadi Doumbouya a également critiqué le recours systématique aux sanctions.
« Les sanctions ne sont pas la solution. Notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe, alors qu’elle devrait être le dernier recours. Sans hypocrisie, l’expérience nous enseigne, sans exception, que les sanctions frappent d’abord et surtout les enfants dans les salles de classe, les femmes dans les marchés, les hommes dans les champs et les ateliers. Elles privent les hôpitaux de médicaments de première nécessité. Elles vident les marchés des denrées indispensables. Elles suscitent et alimentent les trafics en tous genres. Elles pénalisent simplement les filles et les fils de la terre de nos ancêtres. Une communauté qui, pour corriger un État, appauvrit un peuple, s’éloigne de l’esprit même qui a présidé à sa création. Nos traditions africaines n’intègrent pas le principe de l’exclusion de l’enfant », a-t-il soutenu.
Dans la même veine, Mamadi Doumbouya a plaidé pour une approche différenciée des crises que traversent les États de la sous-région.
« On ne soigne pas le paludisme et le cancer avec le même remède. Chaque mal appelle son traitement. Chaque situation appelle sa réponse. Il en va de même pour nos nations. Chaque nation, chaque peuple porte une histoire, des équilibres et des réalités qui lui sont propres. Vouloir appliquer à des réalités différentes une seule et même ordonnance, aussi bien intentionnée soit-elle, n’est pas de la rigueur », a-t-il déclaré.
Poursuivant son intervention, le président guinéen a rappelé qu’à la création de la CEDEAO, les quinze chefs d’État fondateurs comprenaient dix militaires et cinq civils. À ses yeux, cette réalité historique démontre que le statut militaire ne constitue pas un obstacle à la construction de l’intégration régionale. Il a insisté sur le fait que « les militaires sont aussi les enfants du peuple ».
« Le 28 mai 1975, à Lagos, ils étaient 15 pères fondateurs à créer notre communauté qui, depuis plus d’un demi-siècle, nous réunit. Quinze pères fondateurs, parmi lesquels 10 militaires et 5 civils. Donc, l’écrasante majorité des fondateurs était issue de l’armée. Leur attachement à la paix et à l’unité n’a jamais été démenti.
Les militaires sont une partie de nous. Ils ont consenti le sacrifice de leur vie pour préserver notre paix commune. Leur uniforme ne saurait donc constituer leur exclusion de la vie et de la gestion de notre communauté. Ils ne sont ni plus ni moins que des enfants du peuple. Et notre Afrique, dans cette conception, ne constitue pas une exception », conclut-il.
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