GUINEE- Affaire AGB2A : après la réponse de la société d’Ahmed Kanté, la CRIEF revient à la charge (Communiqué)

Après le communiqué de la société AGB2A-GIC annonçant l’interpellation et le placement en garde à vue de son administrateur général, Ahmed Tidiane Kanté, le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a apporté des précisions sur les raisons de la procédure. Dans un communiqué publié le jeudi 8 octobre 2026, il évoque notamment des mouvements financiers jugés suspects autour de la société Guinean Brain Touch (GBT), des retraits massifs en espèces et des soupçons de dissimulation de bénéficiaire effectif.

Le bras de fer entre la société minière AGB2A-GIC et le parquet spécial près la CRIEF se poursuit. Dans un communiqué référencé N° 606/CRIEF/PPS/2026, le parquet a tenu à répondre aux déclarations de l’entreprise concernant la garde à vue de son administrateur général, Ahmed Tidiane Kanté.
La société avait contesté les accusations portées contre son responsable, estimant qu’elles reposeraient sur une dénonciation anonyme et des allégations qu’elle juge infondées. En réaction, le parquet affirme que la procédure fait suite à une saisine formalisée et s’appuie sur des éléments qui, selon lui, justifient l’ouverture d’une enquête préliminaire.
Ahmed Tidiane Kanté et d’autres personnes ont été interpellés dans le cadre d’investigations portant sur des faits présumés d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et d’infractions assimilées.
Des soupçons autour des royalties minières de GBT
Au cœur du dossier se trouvent les relations financières entre la société Guinean Brain Touch (GBT), titulaire d’un permis minier sur le site de Tamita et dans ses environs, et les entreprises intervenant dans l’exploitation de ce permis, notamment AGB2A-GIC et SD Mining.
Selon les explications du parquet, les deux sociétés exploitantes étaient tenues de verser des royalties à GBT dans le cadre du contrat d’amodiation. Toutefois, les enquêteurs auraient constaté une asymétrie dans les paiements, les versements provenant principalement de SD Mining, tandis qu’aucun paiement n’aurait été enregistré de la part de GIC.
L’analyse des comptes bancaires de GBT aurait également révélé d’importants mouvements financiers, comprenant des paiements aux actionnaires, des retraits d’espèces et des transferts vers des sociétés liées.
Le parquet cite notamment Camen Ressources, présentée dans son communiqué comme une entreprise appartenant à l’actionnaire majoritaire. Ces opérations figurent parmi les éléments que la justice souhaite éclaircir.
Almamy David Sylla au centre des interrogations
Une partie importante des investigations porte sur les comptes bancaires d’Almamy David Sylla, actionnaire détenant 30 % du capital de GBT.
D’après le parquet spécial, les sommes versées à cet actionnaire au titre des royalties auraient été suivies, de manière récurrente, de retraits effectués par des tiers, notamment des personnes identifiées comme des cambistes.
Le parquet affirme que plus de 90 % des montants perçus auraient ainsi été retirés par des tierces personnes, sans justification économique suffisante ni identification claire du bénéficiaire final des fonds.
Les enquêteurs s’interrogent également sur les différences relevées entre les sommes annoncées comme versées à l’actionnaire et celles effectivement retrouvées sur certains de ses comptes.
Pour illustrer ces interrogations, le communiqué indique qu’en 2023, Almamy David Sylla aurait perçu 619 345 dollars au titre de ses parts de royalties, soit l’équivalent de 5,388 milliards de francs guinéens. Le parquet affirme toutefois que seuls 2,986 milliards de francs guinéens seraient effectivement arrivés sur le compte concerné.
Ces éléments constituent, selon le parquet, des indices nécessitant des vérifications approfondies sur la traçabilité des fonds et l’identité de leurs bénéficiaires.
Un versement d’Ahmed Tidiane Kanté jugé suspect Autre élément mis en avant par le parquet : un versement de 2 millions de francs guinéens effectué par Ahmed Tidiane Kanté sur le compte d’Almamy David Sylla, peu après l’ouverture de celui-ci dans un nouvel établissement financier.
Le parquet estime que cette opération mérite une attention particulière, compte tenu des fonctions exercées par Ahmed Tidiane Kanté au sein de la SOGUIPAMI, puis de ses responsabilités dans les structures liées à l’exploitation minière.
Selon le communiqué, Ahmed Tidiane Kanté était auparavant directeur général de la SOGUIPAMI, avant d’occuper des responsabilités au sein d’AGB2A, puis de GIC.
Pour le parquet, ce versement, rapproché des autres mouvements bancaires examinés, soulève des interrogations sur l’existence éventuelle d’un contrôle indirect du compte d’Almamy David Sylla.
Il avance l’hypothèse selon laquelle ce dernier pourrait agir comme prête-nom afin de dissimuler l’identité du bénéficiaire effectif des 30 % du capital de GBT. Cette hypothèse reste toutefois à établir dans le cadre de la procédure judiciaire.
Plus de 25 milliards de francs guinéens en royalties
Le communiqué fait également état de montants importants perçus par Almamy David Sylla.
Entre janvier 2023 et décembre 2024, celui-ci aurait reçu plus de 25,434 milliards de francs guinéens au titre de ses parts de royalties, selon les chiffres présentés par le parquet.
À la fin de décembre 2024, le solde mentionné dans le communiqué s’élevait à 715,9 millions de francs guinéens, soit moins de 3 % du montant total indiqué.
Le parquet s’interroge sur la destination du reste des fonds et sur les conditions dans lesquelles les retraits ont été effectués. Il affirme que, hormis certaines opérations attribuées directement à Almamy David Sylla, près de 90 % des autres montants auraient été retirés par des tiers, parfois les mêmes personnes sur des comptes ouverts auprès de deux établissements financiers distincts.
Les investigations devront notamment permettre de déterminer si ces opérations correspondent à des transactions régulières ou si elles dissimulent des pratiques répréhensibles.
Des soupçons de blanchiment et de dissimulation de bénéficiaires
Au-delà des mouvements bancaires, le parquet évoque une possible organisation financière destinée à masquer l’identité des bénéficiaires réels de certaines participations et à compliquer la traçabilité des flux.
Il indique avoir reçu une dénonciation enregistrée sous le numéro 448, portant sur des faits présumés de corruption et de blanchiment de capitaux reprochés à Ahmed Tidiane Kanté.
Le dossier pourrait notamment donner lieu à des investigations sur de possibles faits de faux et usage de faux, d’abus de biens sociaux, de prise illégale d’intérêts et de blanchiment de capitaux.
Dans son communiqué, le parquet élargit également ses interrogations à des transferts financiers vers l’étranger, notamment à destination de Chypre. Il questionne l’intérêt économique de certains paiements qui auraient été effectués au profit d’un club de football situé sur cette île méditerranéenne.
Il soupçonne l’existence éventuelle d’intermédiaires, de contrats de prestations de services et de conventions d’assistance technique susceptibles d’avoir servi à transférer indirectement des bénéfices hors de Guinée.
Ces accusations et hypothèses sont celles du parquet spécial. Leur bien-fondé devra être examiné au cours de la procédure, sur la base des preuves recueillies et des explications des personnes concernées.
La CRIEF défend la régularité de la procédure
En réponse aux critiques formulées par AGB2A-GIC, le parquet spécial affirme que le placement en garde à vue d’Ahmed Tidiane Kanté a été ordonné par le procureur spécial, conformément aux dispositions du Code de procédure pénale.
Il explique que cette mesure vise notamment à maintenir le suspect à la disposition de la justice et à préserver les éléments matériels utiles à l’enquête.
Le parquet rejette par ailleurs les accusations de désinformation et réaffirme sa volonté de poursuivre les infractions économiques et financières relevant de la compétence de la CRIEF.
Cette prise de position intervient alors que la société AGB2A-GIC a publiquement contesté les soupçons visant son administrateur général.
L’enjeu de la procédure sera désormais de déterminer la nature exacte des opérations financières examinées, d’identifier les éventuels bénéficiaires effectifs des fonds et d’établir si les faits dénoncés par le parquet sont constitutifs d’infractions. À ce stade, les accusations exposées dans le communiqué ne constituent pas une déclaration de culpabilité.

Ci- dessous, Lisez le communiqué intégral de la CRIEF :

COMMUNIQUE DU PARQUET SPECIAL PRES LA COUR DE REPRESSION DES INFRACTIONS ECONOMIQUES ET
FINANCIERES (CRIEF)

Affaire :ministère public contre Monsieur Ahmed Tidiane KANTE,

Directeur Général de la société AGB2A-GIC.
Le parquet spécial près la Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières a été surpris du communiqué de la société AGB2A-GIC en date du 08 octobre 2026 relayé par voie de presse, à travers lequel elle informait l’opinion publique nationale et internationale, de l’arrestation et le placement en garde à vue dans les locaux de l’Office de Répression des Délits Economiques et Financiers
(ORDEF), de son administrateur général, Monsieur Ahmed Tidiane KANTE. Elle
argue dans cette même dépêche que le concerné est détenu sur la base des allégations qu’elle qualifie de calomnieuses, et qui seraient tirées d’une dénonciation anonyme non conforme à la réalité, avant de rejeter en bloc tout soupçon d’infractions financières
à son encontre. Face à cette sortie qui ne rend pas fidèlement compte des éléments du dossier invoqué, le parquet spécial, faisant application de l’article 8 du Code de Procédure pénale, se fait le devoir d’informer officiellement l’opinion publique, pour éviter que des
informations parcellaires ne sapent ses efforts en faveur de la poursuite et la répression de la criminalité financière.
Il importe tout d’abord de relever que contrairement aux termes du Communiqué de la Société AGB2A-GIC, Monsieur Ahmed Tidiane KANTE a été placé en garde à vue à l’ORDEF sur les instructions du Procureur Spécial près la CRIEF, à la suite d’une saisine formalisée. Cette mesure prise à l’égard du suspect vise à le maintenir à disposition de la justice et à préserver les indices matériels des faits poursuivis, conformément aux dispositions de l’article 85 du code de procédure pénale

1- Les faits et procédure :
Par soit-transmis n°593 datée du 05 octobre 2026, l’Office de Répression des Délits Economiques et Financiers (ORDEF) a été saisi par le Procureur Spécial près la Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières aux fins d’enquête préliminaire contre M. Ahmed Tidiane Kanté, administrateur général de la société AGB2A-GIC pour des faits présumés d’évasion fiscale à travers le blanchiment des capitaux, corruption et infractions assimilées, faits prévus et punis par les dispositions
des articles 19, 20, 771, 776 et suivants du code pénal, 7, 112, 113 de la loi
L/2021/0024/AN du 17 Août 2021 portant lutte contre le blanchiment de capitaux et
financement du terrorisme ; 3, 4, et 45 de la loi L/2017/041/AN du 04 juillet 2017
portant prévention, détection et répression de la corruption et des infractions assimilées.
C’est dans le cadre de cette enquête se rapportant aux faits d’une particulière gravité que Monsieur Ahmed Tidiane KANTE et d’autres personnes ont été interpellés et placés en garde à vue sur instructions de Monsieur le Procureur Spécial, conformément aux dispositions légales pertinentes.
En effet, la société Guinean Brain Touch (GBT), société de droit guinéen, immatriculée au RCCM sous le numéro 058443A/2015 a été constituée sous la forme d’une société par action simplifiée (SAS), gérée dès sa création par Monsieur Aboubacar Sidiki
CAMARA. Cette société présente une structure actionnaire composée de M. Soriba CAMARA qui détient 35%, M. Almamy David SYLLA (30%), M. Ibrahima Sory TOURE (20%) et la SOGUIPAMI (15%), conformément aux dispositions du code minier guinéen relatives à la participation gratuite de l’Etat.
Au fil du temps, la gouvernance de cette entité a connu plusieurs évolutions statutaires, notamment la désignation ultérieure de M. Soriba CAMARA comme Directeur général.
Ensuite, la Société a amodié son permis minier sur le site de Tamita et environs à la société AGB2A-GIC. Face à des différends persistants entre les partenaires actionnaires de AGB2A que sont GIC et SD Mining, l’exploitation a été scindée en deux, chacune exploitant une partie du contrat d’amodiation. Ces deux sociétés ont dans ce contexte soumis à l’obligation contractuelle de verser des royalties à la société GBT.

Il ressort des informations du parquet, l’existence d’une asymétrie des flux, les
paiements de royalties provenant quasi exclusivement de SD Mining alors qu’aucun versement n’a été constaté de la part de GIC.
L’examen des comptes bancaires de GBT ( un compte en GNF et un autre compte en USD), a révélé des volumes financiers importants, avec des mouvements créditeurs majoritairement alimentés par des royalties minières mais aussi par des dépôts en espèce, y compris ceux provenant des tiers.
Les mouvements débiteurs sont caractérisés par des retraits d’espèces significatifs, des paiements aux actionnaires, des charges d’exploitation courantes et des virements
récurrents au profit des sociétés liées, notamment Camen Ressources, appartenant à l’actionnaire majoritaire. Ces flux traduisent une forte circulation de liquidités et un recours important aux espèces.
A l’analyse de ces informations, le parquet spécial a porté particulièrement son attention sur des comptes personnels des actionnaires, ce qui a mis en lumière moult raisons de douter du compte de M. Almamy David SYLLA. Il en ressort que
contrairement aux autres actionnaires, les dividendes issues du paiement de ses
royalties, assimilables à des revenus nets, sont systématiquement suivis de retraits massifs par chèques émis par des tiers, s’identifiant comme cambistes et d’autres qualités.
Il a été établi que plus de 90% des montants perçus ont été retirés par des tierces personnes, sans aucune justification économique et sans possibilité d’identification du
bénéficiaire des fonds.
Les soupçons du parquet ont été accentués par un élément déclencheur majeur qu’est le premier versement effectué sur le compte de Monsieur Almamy David SYLLA lors
de son ouverture provenant de Monsieur Ahmed Tidiane KANTE, ancien Directeur
Général de la SOGUIPAMI, actionnaire responsable d’AGB2A et actionnaire
majoritaire de GIC.
Ce versement, bien que symbolique au regard des montants en jeu, est intervenu dans un contexte où Monsieur Ahmed Tidiane KANTE, à travers GIC, était débiteur de royalties envers la société GBT, et ne devait aucun paiement ni aucune faveur à ses actionnaires pris individuellement.
Les circonstances entourant cette opération et l’abandon quasi immédiat des précédents comptes bancaires antérieurement actifs de Monsieur Almamy David SYLLA, renforcent la conviction du parquet sur l’existence d’un contrôle dissimulé exercé par
quelqu’un d’autre sur le compte de Monsieur Almamy David SYLLA ouvert dans les livres de la nouvelle institution financière (IF).

De même, le compte de Monsieur SYLLA pour l’exercice 2023, le parquet constate
que les paiements de ses parts de royalties paraissent irréguliers. Car, en 2023, il n’a perçu que 619.345 USD soit 5.388.301.500 GNF alors que d’autres actionnaires comme la SOGUIPAMI, créditée pourtant de 15% a reçue pour le même exercice 5.301.260 USD.
Quant à Monsieur Ibrahima Sory TOURE, crédité de 20% des actions, il n’a reçu que 648.676 USD.
Il ressort d’ailleurs que sur ce montant de 5.388.301.500 GNF, seulement
2.986.074.600 GNF sont effectivement arrivés sur le compte de Monsieur Almamy David SYLLA.
Aussi , les modifications statutaires successives intervenues entre 2021 et 2022 au sein de GBT et de GIC mettent à nue des pratiques opaques visant à légitimer à postériori une situation de fait.
L’ensemble de ces éléments sont suffisants pour cerner que Monsieur Almamy David SYLLA agirait comme prête-nom, dans le but de dissimuler l’identité réelle du bénéficiaire effectif des 30% du capital de GBT, qui pourrait être Monsieur Ahmed Tidiane KANTE.
S’agissant des mouvements débiteurs, ceux-ci se composent essentiellement de retraits d’espèces opérés par le gestionnaire de compte, de virements destinés aux paiements des droits sur la production au profit des actionnaires de GBT à savoir Messieurs Soriba
CAMARA, Almamy David SYLLA, Ibrahima Sory TOURE et la SOGUIPAMI ainsi que de paiements des frais de location de véhicules, de paiements de salaires des fonctionnaires de GBT et de virements effectués au bénéfice de la société Camen Ressources, entité appartenant à l’actionnaire majoritaire comme l’illustre les données ci-après :
– Camen Ressources, deux opérations soient 2.650.000.000 GNF ;
– Cession USD/GNF GBT, une opération soit 890.000.000 GNF ;
– GBT, une opération soit 685.000.000 GNF ;
– Location de véhicules, sept opérations soient 570.000.000 GNF, soit un débit de
570.000.000 GNF ;
– Opérations non identifiées, quarante-deux soient 10.281.394.041 GNF, soit un débit de 9.983.171.000 GNF ;
– Opérations RTGS, six opérations, aucun montant créditeur, soit un débit de
2.557.668.091 GNF ;
– Paiement facture, une opération, aucun montant créditeur, soit un débit de 45.000.000 GNF ;

– Paiement Salaire GBT, six opérations, aucun montant créditeur, soit un débit de
275.350.000 GNF ;
– Retrait chèque, vingt opérations, aucun montant créditeur, soit un débit de
3.207.096.000 GNF ;
– Seydouba CAMARA, une opération, aucun montant créditeur, soit un débit de
6.500.000 GNF ;
– Transfert de fonds, deux opérations, soient 1.447.000.000 GNF, soit un débit de 60.000.000 GNF.
Il ressort de ces données : nombre d’opérations totale 90, nombre de crédit total 16.726.994.041 GNF et un total de débit de 16.364.785.091 GNF.
En ce qui concerne les différentes périodes allant de 2022 à 2025, il ressort un montant total crédit de 16.726.994.041 GNF et un total débit de 16.364.785.091 GNF, répartis comme suit :
– 2022, 1.563.331.015 GNF (somme crédit) et 1.563.709.000 GNF (somme débit) ;
– 2023, 1.330.000.000 GNF (somme crédit) et 1.512.000.000 GNF (somme débit) ;
– 2024, 10.988.663.026 GNF (somme crédit) et 10.410.851.000 GNF (somme débit) ;
– 2025, 2.645.000.000 GNF (somme crédit) et 2.909.221.091 GNF (somme débit).
En examinant le compte libellé en GNF, il ressort que les mouvements créditeurs sont principalement constitués de virements provenant de la société Camen Ressources SARL, ainsi que de transfert de fonds et de dépôts en espèces. Cependant, les mouvements débiteurs sont essentiellement composés de transfert de fonds, de paiements de salaire, de règlements de factures diverses, de paiements de frais liés à la
location de véhicules ainsi que des retraits effectués par chèques comme illustrent les données ci-après :
– Almamy David SYLLA, nombre d’opérations, 02, crédit, 0.00 USD, débit,
859.026,00 USD ;
– Camen Ressources, nombre d’opérations, 03, crédit 346.000,00 USD, débit, 300.000,00 USD ;
– GBT, nombre d’opérations, 204, crédit 22.318.519,49 USD, débit 20.714.462,98
USD ;
– Ibrahima Sory TOURE, nombre d’opérations, 05, crédit 0.00 USD, débit 771.192,47 USD ;
– SD Mining, nombre d’opération, 06, crédit 5.226.499,10 USD, débit 0.00 USD ;
– SOGUIPAMI, nombre d’opérations, 05, crédit 0.00 USD, débit 465.464,36 USD ;
– Soriba CAMARA, nombre d’opérations, 11, crédit 0.00 USD, débit 4.635.623,17
USD ;
-Transfert de fonds, nombre d’opérations, 02, crédit 0.00 USD, débit 288.000,00 USD ;

– Transfert de fonds et paiement royalties, nombre d’opérations, 02, crédit 1.211.244,43
USD, débit 0.00 USD.
Il ressort des informations du parquet spécial que les actionnaires perçoivent leurs parts d’action dans d’autres institutions financières, comme le cas du compte de Monsieur Almamy David SYLLA, contrairement aux autres actionnaires, ce qui dénote un comportement très singulier voire suspect. Car il convient de noter que de par la nature du contrat à l’amodiation, les parts reçues par chaque actionnaire représentent ses dividendes, donc des montants soumis à peu ou pas de charges, même exempts d’imposition. Toutefois, il ressort que chaque versement correspondant aux parts d’action de Monsieur Almamy David SYLLA est systématiquement suivi de retraits successifs par chèques effectués par des tiers qui sont identifiés comme cambistes. Il convient également de préciser et de rappeler que le tout premier versement enregistré sur le compte de Monsieur Almamy David SYLLA immédiatement après son ouverture a été effectué par Monsieur Ahmed Tidiane KANTE.
Monsieur Ahmed Tidiane KANTE, au moment de l’acquisition du permis de GBT, était le Directeur Général de la SOGUIPAMI, structure étatique. Dès son départ de cette structure, il fût responsable de AGB2A avant d’être, de nos jours, Directeur Général de
GIC qui détient l’autre partie du contrat d’amodiation.
Cet élément conforte l’analyse des premières informations au regard surtout des liens très étroits et connexes . Il est difficile voire compliqué d’expliquer cette opération dont l’unique probante explication pourrait être l’exercice d’un contrôle dissimulé exercé sur ledit compte par Monsieur Ahmed Tidiane KANTE.
En tout état de cause, il est établi à la date de réalisation de l’opération que le sieur Almamy David SYLLA, après avoir reçu, courant 2023, 5.388.301.500 GNF, avait toujours sur l’un de ses comptes plus de 9.500.000 GNF, montant largement supérieur au 2.000.000 GNF reçu de la part de Monsieur Ahmed Tidiane KANTE.
Convient-il de souligner que dès après cette opération qui coïncide à l’ouverture du compte dans cette nouvelle Institution Financière, le compte domicilié dans la première Institution Financière (dans laquelle se trouve toujours logée plus de 9.000.000 GNF), a été tout de suite boudée. Ce mode opératoire renforce d’avantage nos soupçons quant à une collusion d’intérêts entre ces deux personnes qui en l’état ne saurait s’expliquer.
Dans le même ordre d’idée, les mouvements sur le premier compte sont interpellatifs, dans la mesure où, document à l’appui, il est fait mention de réception de 619.345 USD
sans aucune trace. Plutôt, c’est l’équivalent de 343.226,96 USD qu’on retrouve sur ce compte. Et contre toute attente, on retrouve sur le nouveau compte ouvert en mars 2024,
la somme de 619.345 USD.
Cette situation pose la problématique de la justification et de la portée des transactions (opérations) ainsi que leur destination finale.
A ce titre, Monsieur Ahmed Tidiane KANTE, dirigeant de GIC, en tant qu’amodiateur du permis de GBT était censé payer des royalties à GBT et non payer un montant symbolique, soit-il, à un des actionnaires de GBT.
Pour notre part, nous pensons que ce paiement n’est que la face émergée d’un montage juridico-financier entre les structures GIC et GBT avec pour principal leitmotiv dissimuler le bénéficiaire effectif de certaines actions qui, d’ailleurs à la faveur de cette amodiation, sont gracieusement honorées.
Il est loisible de constater que de janvier 2023 à décembre 2024, Monsieur Almamy David SYLLA a reçu un total de plus de 25.434.636.726 GNF comme part de royalties. Toutefois, en décembre 2024, il ne restait de ce montant que 715.928.115 GNF, soit moins de 3%. Ce solde est largement en deçà de celui d’un autre actionnaire qui de surcroit ne dispose que de 20% des actions, soit 10% de moins que le sieur Almamy
David SYLLA.
La suspicion légitime porte d’avantage sur le processus de décaissement qui ne permet aucune traçabilité.
A l’exception de 995.000.000 GNF (495.000.000 GNF pour achat véhicules et 500.000.000 GNF), retirés par Monsieur Almamy David SYLLA, tous les autres montants soient près de 90% ont été retirés par des tiers souvent les mêmes sur les deux comptes ouverts dans deux institutions financières distinctes.
C’est face à ces faits accablants, susceptibles de recevoir des qualifications pénales,
notamment de faux et usage de faux, abus de biens sociaux, prise illégale d’intérêts, blanchiment de capitaux que notre parquet a reçu la dénonciation sous le n°448 des faits de corruption et de blanchiment de capitaux reprochés à Monsieur Ahmed Tidiane KANTE.
Cette dénonciation met en lumière des faits présumés d’évasion fiscale à travers le blanchiment des capitaux, des pratiques de corruption et infractions assimilées reprochés à Monsieur Ahmed Tidiane Kanté, figure centrale de la société minière l’Alliance guinéenne de bauxite, d’alumine et d’aluminium, privant délibérément le Trésor public guinéen de ressources vitales au profit des entités étrangères. Elle met en lumière un montage financier présentant toutes les caractéristiques d’un acte anormal de gestion et d’un transfert indirect de bénéfices à l’absence d’intérêt
commercial local.

Le parquet spécial, se pose la question de savoir, quel intérêt économique direct, pour une mine de bauxite opérant à Boffa ou à Fria, de verser des millions de dollars à un club de football situé sur une île de la Méditerranée?
Le choix stratégique de Chypre historiquement reconnue comme une juridiction à fiscalité privilégiée et un centre d’optimisation fiscale agressive, soulève d’autres indices qui méritent d’être élucidés dans la présente affaire par une enquête minutieuse.
Monsieur Ahmed Tidiane KANTE multiplie des intermédiaires, des contrats de
prestations de services fictifs et des conventions d’assistance technique intragroupe introuvables, pour parvenir à contourner le fisc guinéen, en privant l’Etat, par ce mécanisme une part de la rente extractive, en violation du Code minier et du Code général des impôts.
Une dissimulation de l’existence de liens d’association ou d’actionnaires communs
entre la direction d’AGB2A et les structures chypriotes ou tchadiennes, place au centre,
une opération qualifiée de transfert indirect de bénéfices à l’étranger. Or, la Guinée n’a signé aucune convention fiscale dérogatoire avec la Chypre pour protéger ce type de flux alors que chaque transfert de fonds sortant relatif à des prestations ou à du sponsoring aurait dû faire l’objet d’une retenue à la source immédiate au profit du trésor guinéen.
Pour masquer l’identité des dirigeants ou des officiels qui touchent l’argent en Chypre, des prête-noms ou des trusts chypriotes ont été utilisés.
Face à cette situation préoccupante, le parquet spécial déplore la publication d’un communiqué dont le seul but est de tenter de décrédibiliser ses actions de répression par la poursuite des infractions qui relèvent de la compétence de la Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières.
C’est pourquoi, le parquet spécial tout en restant respectueux des principes sacrosaints du procès-pénal :
– réaffirme sa volonté ardente de poursuivre ses actions en faveur de la poursuite et la répression des crimes économiques, conformément à la politique pénale du gouvernement et dans le strict respect des lois de la République ;
-s’engage à ne laisser aucune place à la désinformation.

Il invite les citoyens à se référer uniquement aux informations relayées à travers ses
canaux de communication officiels

Fait à Conakry, jeudi le 08 octobre 2026
Service de communication institutionnelle du Parquet Spécial.