Le paysage médiatique guinéen franchit un cap décisif dans sa structuration et sa modernisation. À l’issue d’un congrès fondateur, Amadou Tham Camara a été élu par acclamations président de la Fédération Patronale des Associations Professionnelles de Presse de Guinée (FEPAP-GUI).
La naissance de cette organisation patronale consacre le rapprochement et l’unification des acteurs des médias guinéens autour d’une vision économique et institutionnelle commune.
Le tout nouveau président semble bien mesuré l’étendu de ses responsabilités. À l’entame de son discours, peu après son élection, il a tenu à exprimer sa gratitude envers l’ensemble des acteurs ayant permis la concrétisation de cette étape décisive.
Il a adressé un hommage particulier à la Confédération Générale des Entreprises de Guinée (CGE-GUI) ainsi qu’à sa Commission de restructuration patronale, soulignant leur rôle déterminant dans l’accompagnement et la réussite de ce processus.
Amadou Tham Camara a également salué l’implication de la Haute Autorité de la Communication (HAC), de l’Inspection Générale du Travail, du ministère en charge de la Communication, ainsi que des organisations professionnelles de presse qui ont su dépasser leurs divergences historiques pour faire prévaloir l’intérêt collectif.
« Lorsqu’un secteur décide de s’unir pour défendre ses intérêts collectifs, il ne renonce pas à sa diversité : il transforme sa diversité en force », a déclaré le président de la FEPAP-GUI.
Reconnaissant les avancées en matière de liberté de la presse, le président du nouveau patronat a salué les plus hautes autorités du pays, pour la place accordée à la presse dans l’ordre constitutionnel, l’octroi et l’équipement des Maisons de la presse, ainsi que la nomination de plusieurs professionnels des médias à des fonctions de responsabilité.
Amadou Tham Camara a aussi appelé à un changement radical de regard sur les entreprises de presse, tout en réaffirmant son rôle fondamental dans la construction démocratique et le débat public.
« Les entreprises de presse sont des entreprises à part entière et non des entreprises entièrement à part. Elles investissent, recrutent, forment, versent des salaires, s’acquittent de leurs charges fiscales et sociales tout en rendant un service public essentiel : informer le citoyen », a-t-il indiqué.
Face aux défis économiques, technologiques et aux mutations introduites par l’intelligence artificielle et la concurrence des plateformes numériques, la FEPAP-GUI entend s’imposer comme un interlocuteur privilégié et une force de propositions concrètes. Ses priorités stratégiques s’articulent autour de plusieurs points notamment : la réforme du cadre fiscal et réglementaire adapté aux réalités économiques des médias, la transparence du marché publicitaire et la répartition objective de la publicité institutionnelle, la protection des contenus de presse et la négociation avec les grandes plateformes numériques, la création d’un Observatoire économique des médias afin de produire des données fiables sur l’emploi, les modèles économiques et le secteur ainsi que l’accompagnement à la transformation numérique et à l’usage responsable de l’intelligence artificielle.
Loin d’adopter une posture de revendication permanente, la FEPAP-GUI entend faire du dialogue social et de la concertation l’un des piliers de son mandat. S’adressant directement aux organisations syndicales de la presse, Amadou Tham Camara a tenu à lever toute équivoque.
« La création de la FEPAP-GUI ne remet nullement en cause le rôle et la légitimité des syndicats. Au contraire, le patronat et les syndicats ont vocation à être des partenaires pour bâtir un secteur plus solide et plus protecteur », a-t-il ajouté.
À ce titre, il a rassuré l’ensemble des professionnels du secteur journalistes, techniciens et administratifs que la finalisation et la signature de la Convention collective de la presse figurent au cœur des priorités immédiates de l’organisation.
« Je veux donc rassurer solennellement les travailleurs de la presse et leurs représentants que la Convention collective de la presse est au cœur de nos préoccupations et sa signature est imminente. Nous voulons parvenir à cette signature dans un esprit de responsabilité, de dialogue et de recherche d’un équilibre entre les intérêts légitimes des entreprises et la protection des journalistes, techniciens, administrateurs et autres travailleurs du secteur. Une entreprise de presse économiquement forte doit pouvoir offrir des conditions de travail dignes et des conditions de travail dignes contribuent à la solidité et à la crédibilité de l’entreprise. La FEPAP-GUI entend donc faire du dialogue social un des piliers de son action, en collaboration étroite avec les organisations syndicales », a-t-il assuré.
Il a aussi rassuré que la FEPAP-GUI déploiera des points focaux régionaux afin d’intégrer et de soutenir activement les médias de l’intérieur du pays, tout en garantissant un cadre strict de bonne gouvernance, de transparence financière et de redevabilité.
Par ailleurs Amadou Tham Camara a lancé un appel aux autorités en faveur d’un nouveau pacte refondateur, reposant sur un partenariat équilibré entre un Etat garant des libertés et une presse professionnelle, responsable et économiquement viable.
« Nous ne venons pas vous demander de choisir entre la presse et l’État, nous vous proposons de construire un partenariat. Nous voulons une presse qui assume pleinement sa responsabilité de quatrième pouvoir, et un État qui considère les entreprises de presse comme des acteurs économiques indispensables à la construction nationale », a-t-il conclu selon nos confrères de Mosaiqueguinee