Le débat sur l’intégration de la Guinée à la monnaie ECO revient régulièrement. Pourtant, à mes yeux, la véritable question est ailleurs : Pourquoi un pays qui possède l’un des sous-sols les plus riches de la planète devrait-il renoncer à un instrument aussi stratégique que sa souveraineté monétaire avant même d’avoir construit une économie industrielle ?
La Guinée ne manque ni de ressources ni de potentiel. Elle détient des réserves exceptionnelles de bauxite, de minerai de fer, d’or, de diamant et de nombreux minerais critiques qui seront au cœur de l’économie mondiale des prochaines décennies.
Le problème n’est donc pas notre monnaie. Le problème est que nous exportons encore trop de matières premières brutes au lieu de les transformer localement.
Une monnaie nationale est un outil économique. Elle permet d’adapter la politique monétaire aux réalités du pays, de soutenir l’investissement, de financer les infrastructures et d’accompagner l’industrialisation. Abandonner cet outil sans avoir bâti une économie solide reviendrait à se priver d’un levier stratégique au moment où la Guinée s’apprête à tirer parti de projets majeurs comme Simandou.
Regardons les pays qui ont réussi grâce à leurs ressources naturelles : la Norvège, le Canada ou encore l’Australie, en Afrique , le Maroc, le Bostwana. Aucun d’entre eux n’a renoncé à sa monnaie pour valoriser ses richesses. Ils ont d’abord construit des institutions fortes, développé leur industrie et investi dans leur capital humain.
La Guinée doit naturellement poursuivre son intégration économique avec la CEDEAO : faciliter les échanges commerciaux, la libre circulation des personnes, attirer les investissements et harmoniser les réglementations. Mais, une intégration économique ne signifie pas automatiquement intégration monétaire.
L’ECO peut constituer un objectif à long terme, lorsque les économies de la région auront véritablement convergé. Aujourd’hui, la priorité de la Guinée devrait être tout autre :
-Transformer localement ses ressources minières.
-Développer une industrie compétitive.
-Renforcer son agriculture.
-Investir massivement dans l’éducation, la santé et les infrastructures.
-Construire une banque centrale forte et crédible.
– Faciliter l’accès au crédit pour faire émerger une industrie
Une nation riche en ressources naturelles ne devient pas prospère parce qu’elle change de monnaie. Elle devient prospère lorsqu’elle transforme ses richesses en usines, en emplois qualifiés, en innovation et en capital humain.
À mon sens, la Guinée n’a pas besoin de l’ECO aujourd’hui. Elle a surtout besoin d’une stratégie économique ambitieuse, cohérente et tournée vers la création de valeur.
Le véritable défi n’est pas de partager une monnaie. Le véritable défi est de bâtir une économie suffisamment forte pour que notre monnaie reflète enfin la richesse réelle de notre pays.
Bella BAH
Entrepreneur/ Coach/ Activiste très indépendant

