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GUINEE- Voici le discours du président du CNT “Dr Dansa Kourouma“ à l’occasion de la remise officielle du projet de la nouvelle constitution

 

Palais Mohammed V, le 26 juin 2025
VENDREDI 30 MARS 2025
Excellence Monsieur le Président de la
République,
Mesdames et Messieurs les membres du
CNRD,
Messieurs les Présidents des Institutions
Républicaines,
Monsieur le Premier ministre, Chef du
Gouvernement,
Messieurs les ministres Secrétaire General
et Directeur de Cabinet de la Présidence de
la Republique,

Monsieur le Conseiller du Président en
Charge des relations avec les institutions
Républicaines,
Distingués membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les honorables
conseillers nationaux,
Mesdames et Messieurs les chefs de
missions diplomatiques et consulaires,
Mesdames et Messieurs Représentants des
Organisations internationales,
Madame la Gouverneure de la Ville de
Conakry,

Monsieur le Premier Imam de la Grande
Mosquée Fayçal,
Monsieur l’Archevêque de Conakry,
Mesdames les facilitatrices du Dialogue
inter guinéen,
Mesdames et Messieurs les représentants
des partis politiques, des organisations de
la Société civile, du secteur privé et des
coordinations des sages des régions ;
Mesdames et Messieurs, en vos rangs,
grades, titres et qualités,
Chers compatriotes, Excellence Monsieur le Président de la République, En cette journée mémorable du jeudi 26 juin
2025, je prends la parole avec une solennité
nourrie de gratitude et d’humilité, conscient
de la profondeur historique de l’instant. Car
ce qui se joue ici, dans ce haut lieu de l’État
qu’est le Palais Mohammed V, dépasse les
discours et les symboles :
c’est un acte fondateur qui s’accomplit, un
tournant décisif dans la marche
républicaine de notre Nation.

Aujourd’hui, par la volonté d’un peuple,
l’engagement d’un leadership éclairé, et la
rigueur d’un travail collectif, la République
de Guinée se dote d’un projet de
Constitution à la hauteur de ses ambitions,
fidèle à son identité, et résolument tourné
vers l’avenir.
Avant toute chose, je voudrais, du fond du
cœur, en mon nom, au nom de tous les
Conseillers Nationaux, et au nom du peuple
guinéen, exprimer ma reconnaissance la
plus profonde à Votre Excellence.

Car, si cette œuvre collective a pu aboutir,
c’est d’abord parce que vous l’avez rendue
possible.
Permettez-moi, dans cette même lancée,
de rendre grâce au Très-Haut, qui nous a
permis, sous votre conduite, Monsieur le
Président de la République, de mener à
terme une mission à la fois redoutable par
sa complexité et exaltante par son
importance. Car il faut le reconnaître, toute
œuvre constitutionnelle est un pari sur le
futur. Et, selon la belle pensée de Jean-
Jacques Rousseau, je cite : « l’homme est
libre, mais partout il est enchaîné ».
C’est à la Loi fondamentale qu’il revient
d’organiser cette liberté, de l’enraciner
dans l’ordre, de la protéger contre
l’arbitraire, et de la projeter vers le bien
commun.
L’histoire de ce processus trouve sa source
dans un moment de bascule nationale, celui
du 5 septembre 2021, date à laquelle la
Guinée, sous votre impulsion, s’est engagée
dans un cheminement de refondation
inédit, animé par une volonté de rupture et
de dépassement.
Cette volonté, née d’un appel profond du
peuple, a trouvé dans la Refondation, un
cadre politique, juridique et institutionnel
pour repenser notre contrat social.
Dès les premières heures, vous avez
affirmé, Excellence, votre vision d’un
processus républicain fondé sur un certain
nombre de piliers parmi lesquels la
participation, l’inclusion, la refondation, la
rectification institutionnelle, la vérité et la
transparence. C’est sur ces fondations que
le Conseil National de la Transition s’est
appuyé pour entreprendre cette mission
d’élaboration d’une nouvelle Constitution.
Ainsi, dès sa mise en place le 5 février 2022, plutôt que d’écrire dans l’abstraction, nous avons fait le choix d’écouter.
Écouter les voix, les douleurs, les attentes,
les rêves. Écouter, non depuis les hauteurs,
mais au cœur même des préfectures, des
quartiers, des cases, des marchés, des
lieux de culte. Ce vaste exercice de
consultation populaire, conduit entre
février et mars 2022, a permis de capter la
parole vivante de la Nation, dans toute sa
diversité. Les conclusions tirées de cette
tournée ont été consignées dans un rapport
circonstancié remis le 25 avril 2022.

Mais la Guinée, au-delà des mots, parle
aussi par sa foi. Le Forum interreligieux,
organisé en juillet 2022, a rassemblé des
guides venus de Guinée et d’ailleurs, pour
rappeler que la spiritualité peut être un
ciment, que la paix peut se nourrir de
transcendance, et que la vérité, pour être
entendue, doit parfois s’élever.
D’autres moments ont enrichi cette
dynamique : les Assises nationales, qui ont
permis aux victimes de l’histoire de poser
leurs douleurs sur la table républicaine ; le Cadre de dialogue inclusif, convoqué à
votre initiative, qui a donné à chaque
sensibilité politique, sociale et institutionnelle, la possibilité de
contribuer à l’avenir collectif ; le
Symposium sur le constitutionnalisme, qui
a permis de porter un regard d’experts sur
nos réalités locales avec les meilleures
expériences africaines et mondiales.
Et enfin, le Débat d’orientation
constitutionnelle – ce vaste parlement de la
conscience nationale – qui a permis de
recueillir les pensées structurées de nos
élites, de nos organisations, de nos forces sociales. Comme l’écrivait
Cicéron, je cite : « L’histoire est la lumière de la vérité ». Fin de citation. Ce processus fut un exercice de mémoire, mais aussi de
projection.
À l’issue de ces étapes, une commission ad
hoc a été constituée pour donner forme, par
le droit, à cette matière vivante. Son travail,
conduit avec méthode, rigueur et humilité, a
permis la rédaction d’un avant-projet
original, enraciné dans notre réalité, dégagé
des oripeaux de l’imitation mécanique,
libéré des schémas stéréotypés.
Après l’adoption en plénière de l’Avant-
projet de nouvelle Constitution, le 25 juillet
2024, le Conseil National de la Transition a
organisé une vaste campagne de
vulgarisation de ce texte sur l’ensemble du
territoire national. Lancée le 07 novembre
2024, ladite campagne a duré trois (3)
semaines et a permis aux équipes du CNT,
composées des conseillers nationaux et du
personnel de l’Administration
parlementaire, de sillonner les différentes
régions, préfectures, sous préfectures et
communes du pays.
Après cette opération et sur votre
recommandation, Excellence Monsieur le
Président, un Comité d’experts a été mis en
place pour la relecture du texte. Ce comité a
élaboré un rapport qui a été officiellement
remis au Conseil National de la Transition.
L’examen et la validation des amendements
apportés à l’Avant-projet de nouvelle
Constitution, ont eu lieu au cours d’une
Plénière extraordinaire à huis clos, tenue le
mercredi 9 avril 2025, à l’issue de laquelle
les conseillers nationaux ont adopté,
à l’unanimité, le Projet de nouvelle
Constitution.
Après sa remise officielle, le texte fera
l’objet d’une campagne de vulgarisation et
sera soumis, tel que prévu, au Référendum
le 21 septembre 2025. S’ensuivra
l’élaboration de lois organiques qui viendra
boucler le bloc de constitutionnalité. Plus
loin, l’on veillera à l’éducation et à
l’enseignement de la constitution pour son
appropriation.
Excellence Monsieur le Président,
Ce que nous vous remettons aujourd’hui est
bien plus qu’un document juridique. C’est
une promesse.
Une promesse faite au nom de la
République, par la République, pour la
République. Une promesse de justice, de
stabilité, de progrès, de dignité. Une
promesse qui engage tous les Guinéens,
présents et futurs.
Permettez-moi d’en évoquer quelques
innovations majeures :
Ø L’obligation de la couverture santé
universelle, qui transforme le droit à la
santé en devoir de l’État ;
Ø La scolarité rendue obligatoire jusqu’à
17 ans, pour faire reculer les ténèbres de
l’ignorance ;

Ø La création d’un Sénat, garant d’un
équilibre territorial au sein de la
République ;
Ø L’introduction de la candidature
indépendante, pour que la démocratie
s’ouvre à toutes les énergies citoyennes ;
Ø L’audition obligatoire des cadres
avant leur nomination, pour moraliser et
crédibiliser la haute administration ;
Ø L’instauration du service civique
obligatoire pour tous les jeunes ;
Ø La reconnaissance d’une Commission
nationale de développement, levier
stratégique pour une Guinée ambitieuse.
Mais au-delà des articles, ce texte consacre
un esprit. L’esprit d’un peuple debout, et
d’une gouvernance rénovée. L’esprit d’une
souveraineté assumée. Cette Constitution
est un outil d’équilibre, de régulation, de
responsabilité.
À ce stade, je tiens à saluer avec émotion et
admiration, votre leadership, Excellence
Monsieur le Président de la République.
Ce processus n’aurait pu être mené avec
sérénité sans votre présence constante,
votre autorité calme, votre respect des
institutions. Vous avez su conjuguer
exigence et ouverture, fermeté et écoute.

Oui, Excellence, vous avez porté cette
Refondation avec constance et
discernement.
Vous l’avez accompagnée avec une hauteur
de vue rare, vous l’avez protégée sans
jamais l’orienter, vous l’avez soutenue sans
jamais vous y immiscer.
Le Conseil National de la Transition a
travaillé en toute indépendance, et c’est
précisément cette liberté d’action, garantie
par votre autorité morale, qui a permis la
production d’un texte fondamental
équilibré, original et profondément enraciné dans nos valeurs et nos spécificités.
Nous savons, Monsieur le Président,
combien il pourrait être tentant pour un
Chef d’État de s’ingérer dans l’élaboration
d’une Constitution. Mais vous, vous avez
préféré la voie de l’exemplarité.
Et à travers ce choix, vous avez rappelé que
le leadership véritable n’impose pas, il
inspire. Que le pouvoir véritable n’opprime
pas, il élève. Et que le chef véritable n’écrit
pas l’avenir à la place du peuple.
Votre vision constante, Monsieur le
Président, a été notre boussole ;

votre réserve volontaire, notre espace de
responsabilité. À vos côtés, vos plus
proches collaborateurs ont agi dans la
même philosophie :
celle du respect des institutions, de
l’écoute vigilante, du conseil avisé. Qu’il me
soit permis ici de leur adresser nos
remerciements appuyés. Leur présence
discrète, leurs orientations subtiles et leur
bienveillance constante ont contribué à
apaiser les tensions, à nourrir les réflexions
et à encourager les dynamiques.

Je voudrais également saluer avec respect
et admiration les membres du Comité
National du Rassemblement pour le
Développement.
Leur participation soutenue, leur présence
répétée dans nos travaux, leur sens du
devoir républicain, ont renforcé la légitimité
du processus. Leurs interventions, toujours
empreintes de mesure et de hauteur
d’esprit, ont permis d’éclairer des choix
essentiels. À travers eux, c’est
l’engagement du CNRD envers la
République qui s’est exprimé.

Nos remerciements vont aussi au
Gouvernement de la République, ainsi que
les acteurs sociaux, économiques et
politiques et les citoyens engagés, à chaque
étape du dialogue institutionnel, vous avez
répondu présent.
Non par formalité, mais par conviction. Mr le
Premier ministre, les membres du
Gouvernement, votre passage devant le
CNT, empreint de franchise, de lucidité et
d’ouverture, a permis d’enrichir la réflexion
sur les fondements politiques, sociaux et
économiques de la Nation en devenir.

Monsieur le Président de la République,
Permettez-moi d’exprimer ici, avec la plus
grande considération, toute ma
reconnaissance à mes collègues membres
du Conseil National de la Transition.
Que dire de plus, sinon que je suis fier,
immensément fier, d’avoir travaillé à leurs
côtés. Leur loyauté sans faille, leur patience
admirable, leur sagesse dans les moments
décisifs, leur capacité à transcender les
divergences pour ne jamais perdre de vue
l’intérêt supérieur de la Nation…

tout cela mérite non seulement des remerciements, mais des félicitations les
plus solennelles.
Chers collègues, si aujourd’hui nous
remettons un texte qui honore la Guinée,
c’est grâce à vous. Grâce à votre endurance, à votre foi en la mission, à votre
compréhension des exigences du moment.
Vous avez parfois consenti au silence,
souvent à l’effort et à l’intérêt commun.
Vous avez été les artisans calmes et lucides
de cette œuvre républicaine.

Permettez-moi, dans ce même élan,
d’adresser une reconnaissance empreinte
de considération et de gratitude à
l’ensemble des parties prenantes pour leur
implication décisive dans ce processus
historique :
les présidents et membres de la Haute
Autorité de la Communication, de la Cour
Suprême, de la Cour des Comptes, la
Société civile, dans toute sa diversité, les
partis politiques, toutes tendances
confondues, le monde syndical, la
communauté religieuse et universitaire, les
chercheurs, les juristes, les historiens,

les philosophes, qui ont mis à disposition
leur savoir. Au groupe d’Experts constitué
sous la clairvoyance du Président de la
République, votre professionnalisme,
patriotisme et courage méritent d’être cités
en cette date historique.
À tous ces acteurs, à toutes ces forces vives de notre pays, je dis : merci. Votre
participation n’a pas été de convenance.
Elle a été réelle, sincère, exigeante.
Et c’est précisément parce que vous avez
pris cet exercice au plus grand sérieux que
nous pouvons aujourd’hui, collectivement,
en être fiers.
Enfin, je rends hommage au peuple de
Guinée. Ce peuple que l’on dit parfois
résigné, mais qui, lorsqu’on l’écoute, révèle
une sagesse millénaire.
Ce peuple qui sait, mieux que quiconque,
que « toute lumière vient de l’intérieur »,
selon la formule de Platon.
Monsieur le Président de la République,
Chef de l’Etat, Chef suprême des Armées,
Général Mamadi Doumbouya,
Mon Général, Veuillez recevoir ce projet de Constitution de la République de Guinée. Ce texte est le fruit du choix réfléchi et consensuel d’un peuple rassemblé, d’un leadership éclairé, et d’un dialogue constant entre les institutions. Il est l’expression de la volonté populaire, consolidée par la rigueur institutionnelle.
Il est la matrice d’un futur pacifié, le socle
d’un État légitime, et le ferment d’une
République rénovée.

Cette Constitution prend en compte la
volonté de nos concitoyens exprimée lors
des différents processus de dialogue
inclusif conduit conformément à la volonté
ferme du Président de la République de faire du vivre ensemble pacifique le premier
pilier de la Refondation. A ces acteurs,
religieux, notabilités, syndicats, Société
civile, intellectuels, politiques, vous avez
rendu possible cette vision du Président de
la République sous la conduite de nos
braves facilitatrices.
Puisse ce texte, après avoir été soumis au
suffrage du peuple, devenir la boussole
d’une Guinée moderne, juste, équitable et
stable.
Vive la République !
Vive la Refondation,
Vive la Guinée, libre, unie et souveraine !
Je vous remercie.