GUINEE- Présumé détournement de plus de 46 milliards GNF à la commune de Matoto : le parquet spécial requiert la relaxe de l’ex-receveur communal

Le procès en appel opposant Mamadou Saidou Baldé, ancien receveur communal de Matoto, à l’État guinéen est entré ce mardi 21 juillet 2026 dans sa phase des plaidoiries et réquisitions devant la Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).

Poursuivi pour « détournement de deniers publics, faux et usage de faux en écritures publiques, enrichissement illicite, corruption et complicité », l’ancien receveur est au cœur d’un dossier portant sur deux montants distincts :

  • 46 milliards 888 millions 35 mille 473 francs guinéens, destinés au paiement des pensions civiles et militaires ;
  • 272 millions 120 mille francs guinéens, destinés au fonctionnement de la commune de Matoto.

L’État réclame plus de 76 milliards GNF

Dans sa plaidoirie, l’avocat de l’État, Me Amadou Baba Camara, a soutenu que les 46,888 milliards GNF n’ont jamais été versés à leurs bénéficiaires, estimant qu’il s’agit d’un détournement de deniers publics.

Concernant les 272,120 millions GNF, il a fait valoir qu’un chèque avait été tiré sur le compte du budget national au lieu de celui de la commune, ce qui constituerait, selon lui, un cas de faux et usage de faux en écritures publiques.

En conséquence, il a demandé à la Cour de déclarer Mamadou Saidou Baldé coupable et de le condamner au paiement de 46 milliards 888 millions 35 mille 473 GNF à titre principal, ainsi qu’à 30 milliards GNF de dommages et intérêts au profit de l’État.

Le parquet démonte les accusations

 

Prenant ensuite la parole, le ministère public a estimé qu’aucune des cinq infractions reprochées au prévenu n’était constituée.

S’agissant du présumé détournement, le procureur Biwon Millimouno a expliqué que le livre-journal de la commune de Matoto, le rapport annuel de la Cour des comptes ainsi que les bordereaux de paiement des pensions civiles et militaires démontrent que les 46,888 milliards GNF ont bien été utilisés conformément à leur destination.

À propos du chèque de 272,120 millions GNF, le magistrat a indiqué qu’il s’agissait d’une simple erreur de procédure. Selon lui, le montant avait été retiré sur le compte du budget national alors qu’il aurait dû l’être sur celui du budget communal, avant qu’une compensation ne soit effectuée d’un commun accord avec le signataire du chèque, Mamadouba Tos Camara, alors maire de la commune de Matoto.

Le procureur a également estimé qu’aucun élément du dossier ne permettait d’établir les faits de corruption, de complicité ou d’enrichissement illicite. Il a ainsi requis la confirmation du jugement de première instance en prononçant la relaxe pure et simple de Mamadou Saidou Baldé.

La défense plaide la confirmation de la relaxe

Les avocats de la défense ont abondé dans le même sens, soutenant que les accusations portées contre leur client ne reposent sur aucun élément probant et demandant à la Cour de confirmer sa relaxe.

Pour rappel, le 28 juillet 2025, la Chambre de jugement de la CRIEF, présidée par Yagouba Conté, avait déclaré Mamadou Saidou Baldé non coupable des faits de détournement de deniers publics, faux et usage de faux en écritures publiques, enrichissement illicite, corruption et complicité, avant de prononcer sa relaxe pour délits non établis.

C’est contre cette décision que l’Agent judiciaire de l’État a interjeté appel.

Le verdict est attendu le mardi 28 juillet 2026.