S'Informer à la minute près
jeune solidaire
Bann23

CRIEF : le procureur Alphonse Charles Wright demande une peine de 10 ans de prison ferme contre Chérif Bah

L’ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) sous le régime de feu Lansana Conté, Ibrahima Chérif Bah, risque une peine de 10 ans de prison ferme. Telle est la peine requise à son encontre à l’audience de ce mardi 26 mai 2026, par le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Alphonse Charles Wright a également requis la confiscation de tous les biens du prévenu dans un procès dont Chérif Bah est absent depuis le début. Il est poursuivi pour vol, corruption, complicité, détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux portant sur 10,5 millions de dollars US.

L’audience de ce jour a été consacrée aux réquisitions et plaidoiries devant la chambre des appels de la CRIEF.

Le premier à intervenir est Maître Faya Gabriel Kamano, avocat de l’État guinéen représenté par l’Agent judiciaire de l’État (AJE). Dans ses plaidoiries, il n’a pas été long au motif qu’il avait déjà produit des écritures versées au dossier. Toutefois, il a tenu à préciser que les faits reprochés au prévenu sont, selon lui, établis. Il a notamment indiqué que les enquêtes menées sous le régime du CNDD, dirigé à l’époque par le capitaine Moussa Dadis Camara, ont révélé qu’un montant de 10,5 millions de dollars aurait quitté les caisses de la BCRG sans laisser de trace. Me Gabriel Kamano affirme également que le rapport d’enquête révèle qu’Ibrahima Chérif Bah aurait reconnu la sortie de cette somme de la BCRG. Cependant, il n’aurait pas été en mesure de justifier cette opération, affirmant avoir agi sur instruction du président de la République au profit d’une organisation internationale humanitaire.

Me Gabriel Kamano a aussi évoqué l’absence du prévenu aux audiences, malgré la constitution d’avocats pour assurer sa défense. Malgré cela, la CRIEF, en première instance, avait rendu une décision par défaut, une situation que l’avocat de l’AJE dit ne pas partager. C’est pourquoi il a interjeté appel et demandé à la chambre des appels de rendre une décision suivant une procédure contradictoire.

À la suite de l’avocat de l’AJE, le ministère public, représenté par Alphonse Charles Wright, a pris la parole pour présenter ses réquisitions. Dans cet exercice, le procureur spécial a évoqué les motifs ayant conduit à l’appel contre la décision de première instance. « Le 5 mai 2025, la CRIEF avait renvoyé Chérif Bah des fins de la poursuite pour les faits de vol, corruption et complicité, mais l’avait déclaré coupable des faits de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Pour la répression, il avait été condamné à cinq ans d’emprisonnement et au paiement d’une amende de cinq milliards de francs guinéens. Le parquet a fait appel parce qu’il n’est pas d’accord avec une partie de cette décision. Ce qui a motivé son recours », a-t-il indiqué.

Concernant les débats devant la chambre des appels, le procureur spécial a rappelé que Chérif Bah avait également relevé appel contre la décision de première instance, sans toutefois comparaître. « Le ministère public souhaite ainsi qu’il soit contradictoirement jugé. Des citations lui avaient été adressées et déposées à son domicile par voie d’huissier, mais il n’a pas répondu à ces convocations. Pour cette raison, le parquet a demandé l’application de la peine maximale », a-t-il dit.

Dans ses réquisitions, le ministère public a demandé à la Cour de rendre une décision contradictoire, contrairement à la procédure de première instance qui avait abouti à un arrêt par défaut. Il évoque le cumul d’infractions en sollicitant l’application des articles 93 et 94 du Code pénal ainsi que de l’article 599 du Code de procédure pénale afin de condamner Chérif Bah à la peine maximale.

Ainsi, le procureur spécial Alphonse Charles Wright a demandé à la Cour d’infirmer partiellement la décision de première instance, de condamner Ibrahima Chérif Bah à 10 ans d’emprisonnement et de maintenir la saisie de ses biens au profit de l’État, conformément à la décision contestée.

C’est dans ce climat que la Cour, présidée par le juge Francis Kova Zoumanigui, a mis le dossier en délibéré pour la décision devant être rendue le 9 juin 2026.