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La Guinée, ce pays qui éteint la lumière

 

Je me suis réveillé ce matin avec une profonde tristesse en apprenant la disparition d’un homme qui aura consacré une grande partie de sa vie à la Guinée, mais qui nous quitte dans des circonstances d’une profonde humiliation.

Sidya aura servi son pays avec dignité et conviction. De l’éducation à l’agriculture, en passant par le service de l’État, il aura consacré son intelligence, son énergie et son engagement à une Guinée à laquelle il croyait profondément.

Et pourtant, au moment où il avait peut-être le plus besoin de la solidarité, de la reconnaissance et de la considération de ses compatriotes, nous avons été nombreux à regarder en silence.

Aujourd’hui, les hommages vont se multiplier. Les messages de tristesse vont remplir les réseaux sociaux. Certains parleront de son mérite, de son patriotisme, de son parcours exceptionnel. Les mêmes qui, hier, regardaient sans s’indigner la manière dont il était traité viendront peut-être verser des larmes sur sa dépouille.

C’est cela qui me révolte le plus : cette capacité que nous avons à découvrir la valeur de nos hommes seulement lorsqu’ils ne peuvent plus nous entendre.

Pourquoi faut-il attendre la mort pour reconnaître le mérite d’un homme ?

Pourquoi sommes-nous si prompts à célébrer nos morts alors que nous sommes parfois incapables de défendre leur dignité lorsqu’ils sont encore parmi nous ?

Sidya voyageait désormais avec un passeport ivoirien, après s’être vu retirer son passeport guinéen sans notification, selon les informations rapportées, le même sort que subit aujourd’hui Cellou Dalein. Au-delà de l’homme, c’est une situation qui interpelle profondément sur notre rapport à la dignité, à la citoyenneté et à la reconnaissance de ceux qui ont servi la République.

La Guinée donne parfois l’impression d’être un pays qui éteint la lumière de ses fils avant de se réunir autour de leur tombe pour regretter l’obscurité.

Et pendant que certains intellectuels semblent davantage préoccupés par l’enrichissement personnel, les honneurs et les privilèges, des hommes qui ont donné leur vie à la construction de ce pays finissent parfois seuls, incompris ou humiliés.

Ce qui est arrivé doit nous interroger collectivement.

Parce qu’au fond, le véritable hommage à un homme n’est pas celui que l’on prononce après sa mort.

Le véritable hommage, c’est celui qu’on lui rend de son vivant.

C’est défendre sa dignité lorsqu’il est vulnérable.
C’est reconnaître son mérite lorsqu’il est encore là pour l’entendre.
C’est lui tendre la main lorsqu’il traverse l’épreuve.
C’est refuser l’injustice, même lorsqu’il est plus facile de se taire.

À sa famille biologique, à ses proches, à ses amis, à tous ceux qui l’ont aimé et accompagné dans ses derniers moments, j’adresse mes sincères condoléances.

Que Dieu accueille son âme et lui accorde Sa miséricorde.

Et peut-être qu’une question restera longtemps suspendue dans le silence de cette disparition :

Pourquoi un homme qui a tant donné à son pays a-t-il dû connaître un tel sort ?

Une question à laquelle la Guinée devra, un jour, avoir le courage de répondre.

Bella BAH
Activiste très très indépendant