Depuis plusieurs mois, les opérations menées par la Gendarmerie nationale et la Police nationale, sous le commandement du Général Balla Samoura et du Général Djanaba Sory Camara, ont permis le démantèlement de nombreux réseaux de trafic de stupéfiants dans le Grand Conakry.
Ces résultats témoignent d’une volonté manifeste des autorités de combattre un phénomène qui menace profondément la jeunesse guinéenne.
Cependant, comme dans toute lutte contre la criminalité organisée, les trafiquants adaptent continuellement leurs méthodes.
Face à la pression exercée par les forces de défense et de sécurité, une nouvelle stratégie semble gagner du terrain : utiliser la chicha comme écran pour dissimuler la consommation et, parfois, la commercialisation de substances psychoactives.
À l’origine, la chicha est un dispositif destiné à fumer un tabac aromatisé. Mais dans certains milieux, elle est désormais détournée de sa vocation initiale ( à noter que la chicha est aussi très dangereuse pour la santé). Des témoignages réels de certains réseaux font état de mélanges contenant des produits illicites ou des médicaments détournés de leur usage thérapeutique.
Ainsi, certains espaces de consommation de chicha seraient devenus des lieux où circulent discrètement des drogues dures de plus en plus dangereuses, y compris des substances de synthèse et des produits communément désignés dans le jargon de la rue sous des appellations telles que « Toumba » ou encore « Dadis » ou « Kush qui contient des substances dangereuses, parmi lesquelles les nitazènes, des opioïdes de synthèse dont la puissance peut être largement supérieure à celle du fentanyl, de formol, ou encore le MDMB-4en-PINACA, un cannabinoïde synthétique extrêmement puissant ».
Le procédé est particulièrement préoccupant. Le tuyau de la chicha peut servir à inhaler des fumées issues de mélanges contenant des substances psychoactives.
L’utilisateur fait croire aux gens qu’il ne consomme qu’un simple arôme parfumé, alors qu’il inhale en réalité un cocktail de produits dont la composition est souvent inconnue et dont les effets peuvent être dévastateurs, comme le protoxyde d’azote.
Certaines pratiques consistent également à détourner des médicaments, notamment des sirops antihistaminiques ou antitussifs contenant de la prométhazine, recherchés non pas pour leurs propriétés thérapeutiques, mais pour leurs effets sédatifs lorsqu’ils sont associés à d’autres substances.
De la même manière, le tramadol, puissant antalgique destiné à soulager des douleurs sévères chez certains patients souffrant des maladies chroniques ou certains blessés de guerre, est malheureusement détourné de son usage médical. Mélangé à d’autres produits ou consommé à des doses excessives, il expose les jeunes à des risques majeurs : dépendance, troubles neurologiques, crises convulsives, dépression respiratoire et, dans certains cas, décès.
Cette banalisation de la drogue derrière l’image apparemment anodine de la chicha constitue un véritable défi pour les familles et pour les services de sécurité. Il n’est plus rare que des jeunes consomment ces substances dans des lieux publics, voire à domicile, sous le regard de parents qui pensent assister à une simple consommation de tabac aromatisé.
Cette confusion favorise l’installation d’une dépendance silencieuse, dont les conséquences sont dramatiques : déscolarisation, troubles psychiatriques, violences, délinquance, désintégration familiale, viol sur mineurs et parfois décès.
Les unités spécialisées dans la lutte contre les stupéfiants doivent donc redoubler de vigilance. Au-delà des saisies de drogues, il devient indispensable de renforcer les contrôles dans les lounges de chicha, de développer des capacités d’identification des nouvelles drogues de synthèse et d’intensifier les campagnes de sensibilisation auprès des jeunes, des parents et des responsables de ces établissements.
La réponse ne peut toutefois être uniquement sécuritaire. Elle doit également être sanitaire, éducative et sociale. Prévenir les addictions, accompagner les personnes dépendantes, sanctionner les trafiquants et sensibiliser la population constituent les quatre piliers d’une stratégie durable.
Enfin, la question de l’encadrement, voire de l’interdiction de la consommation de la chicha dans certains contextes, mérite d’être examinée par les pouvoirs publics. Si la chicha devient un moyen privilégié pour masquer la consommation de drogues illicites et contourner les contrôles, un renforcement de la réglementation pourrait constituer un levier supplémentaire dans la lutte contre ce fléau.
La drogue ne détruit pas seulement celui qui la consomme ; elle détruit des familles, compromet l’avenir d’une génération et favorise le viole sur mineurs. La protéger exige une mobilisation collective où l’État, les forces de sécurité, les professionnels de santé, les éducateurs et les parents assument, chacun, leur part de responsabilité.
Dr. Karamo Kaba
Pharmacien- Spécialiste en Gestion des Serveurs de Santé. MBA in Pharma Biotech Business Management.
Tatakaba66@gmail.com